Catherine Deveny est une comédienne et éditorialiste dans un grand quotidien australien. Athée, elle s'est rendue "pour voir" dans une mégachurch de la mouvance "Prospère" en Australie. Voici quelques commentaires choisis avec une question lancinante: "Jésus, c'est génial, et alors?" Quand on fait tout pour diluer et rendre le message tellement accessible qu'on en oublie de... parler du message. L'original est à lire en anglais sur le site du journal. Le débat sur le christianisme "fashion branchouille" et les escrocs de la pop louange n'est pas terminé !

Secouée mais pas ébranlée par la spiritualité Rock-en-stade

La promesse d'une louange "géniale", voilà ce qui m'a amenée à me rendre à cette réunion des Planetshakers (Ndt: ceux qui font trembler la planète). Et je n'ai pas été déçue: le mot "génial" a été prononcé au moins 20 fois. (...) C'était la première fois que j'étais excitée à l'idée d'aller à l'église. J'avais passé chaque dimanche de mes 18 premières années sur des bancs de bois à écouter un type parler de son copain imaginaire dans le ciel qui faisait des tours de magie. Les femmes étaient des vierges, des saintes ou des prostituées. Les hommes étaient le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

Devant Planetshakers, on aurait dit le public d'un concert de rock. Et c'était le cas. Comme l'orchestre a allumé le feu, j'avais l'impression d'être une grenouille dans une chaussette et je me suis dit: "Je m'en moque de ce qu'ils vendent: j'en veux." La pop chrétienne, ce sont tous les tubes des années '80, Metallica qui rencontre Cheap Trick pendant que des images passent trop vite sur un écran avec des mots façon "images subliminales".(...)

Toute la salle semblait attendre quelque chose et je me sentais comme une gosse attendant le père Noël. Il semblait que Jésus allait débarquer d'un instant à l'autre, mais ce sont des pasteurs qui sont venus. Des types d'âge moyen qui faisaient constamment référence à la culture populaire, à la télé-réalité et à Mc Donald's. Leur discours était parsemé de quasi-jurons et ils disaient sans cesse "génial" pour faire croire à tout le monde qu'ils étaient en phase avec la jeunesse. Un pasteur a tonné sur les sacrifices et dit que c'était important, peu importe le montant. Je ne savais pas de quoi il parlait jusqu'à ce que des cartes de dons et des paniers circulent. Des paniers ouverts pour te faire honte à ceux qui donnaient peu. Après c'étaient les annonces pour le séminaire des Hommes Puissants et des Jolies Femmes. On encouragea des volontaires masculins avec la promesse de parler à 3.000 participantes du séminaire des Jolies Femmes. Et pourquoi pas les Femmes Puissantes et les Jolis Hommes?

Alors le pasteur en (gros) titre est arrivé, tout en charisme et en génialitude et a parlé d'adoration, de portail à moutons, de salut, de portail à moutons, de sacrifice et d'un gars appelé Eliashib. Et encore de portail à moutons. Et les gens criaient: "Ouais!", "Amen!, "Génial!" Et moi j'avais envie de crier : "Rien compris !" J'aime la façon dont la religion convainc les gens en rendant les choses délibérément incompréhensibles et te feraient honte d'avouer ta stupidité: "Je ne comprends pas". Après le portail à moutons, il a invité ceux qui n'avaient pas Jésus ou l'avaient perdu, à baisser leur tête et à lever leurs mains pour qu'il prie pour eux. On aurait dit un agent immobilier: "Une ici, merci monsieur. Quelqu'un d'autre? Je vais attendre un peu. Oui là-bas dans le fond". Quelqu'un veut encore enchérir? Les nouveaux disciples sont emmenés par de plus anciens.

Puis ils sont tous partis convaincus d'avoir été touchés par Dieu. Mais ce n'était pas le Saint-Esprit, c'étaient juste des gens qui les avaient séduits avec de belles vidéos et leur besoin d'amour et de communauté.