NDLR: Tiré du livre de Juan Carlos Ortiz "Disciples". Réédité depuis peu par la CLC dans la collection Racines, ce livre est également disponible en téléchargement gratuit sur notre page de livres électroniques (début de liste).

La Bible ne parle de l'église qu'en deux dimensions seulement : universelle et locale. Eglise universelle veut dire "L'église de toute la terre". Eglise locale veut dire "L'église d'une localité donnée."

Mais depuis la Réforme Protestante, nous avons une nouvelle forme d'église qui n'est ni universelle, ni locale. C'est la dénomination. Les dénominations ont essayé toutes les formes de gouvernement que vous puissiez imaginer, depuis les formes épiscopales les plus rigides sur la droite, aux formes presbytérales, au centre, aux formes congrégationalistes sur la gauche.

Et pourtant nous n'avons toujours pas de solution à la question. Pourquoi? Parce qu'on ne peut pas mettre des pièces de Citroën sur une Renault. La dénomination ne correspond pas à l'église locale du Nouveau Testament, et de ce fait, aucun de nos efforts pour trouver une structure conforme au Nouveau Testament ne pourra réussir.

J'ai eu une fois l'occasion de me rendre en Equateur et j'y ai vu les grandes bananes sucrées qui y poussent. Les ayant admirées et ayant demandé la permission de ramener un plant chez moi, car les nôtres sont nettement plus petites, on me répondit : "Vous savez, cela ne servirait pas à grand'chose, parce qu'en Argentine il fait trop froid pour faire pousser des bananes aussi grandes que celles-ci. Il vous faudrait déménager notre terre, notre pluie, notre température ; il vous faudrait tout l'Equateur en Argentine."

Ainsi en est-il de nous. Nous avons fait un voyage à l'église primitive et nous y avons découvert le baptême dans le Saint-Esprit. Et nous avons essayé de le transplanter dans notre église sans emmener le climat avec. Il en résulte que nous produisons de petites bananes tronquées. Que s'est-il passé? Le Saint-Esprit est le même qu'au premier siècle. Mais on dirait que nous L'avons dilué - un litre pour environ cent litres d'eau froide! Nous L'avons affaibli.

Il ne nous est tout simplement pas possible d'avoir un gouvernement d'église biblique et efficace dans une structure qui n'est pas biblique.

Qu'est-ce qu'une église biblique? L'église d'une localité. L'église de chaque localité est une. Dire qu'il y a deux ou trois ou dix églises, ne veut strictement rien dire ; l'église est une, comme Dieu lui-même.

Quand Dieu s'est révélé à Moïse dans le buisson ardent, Moïse a voulu savoir quel était Son nom. La réponse de Dieu fut à peu près celle-ci : "Moïse, tu viens d'Egypte où il y a un grand nombre de dieux, et il te faut des noms pour les situer tous. Mais il n'y a qu'un seul Dieu. En dehors de moi, il n'y en a pas d'autres."

Moïse ne comprenait pas. Il voulait un nom. Alors Dieu lui dit, "Ecoute, si nous étions plusieurs, nous aurions besoin de noms. Mais je n'en ai pas besoin - je suis qui je suis. Je suis l'unique."
"Mais quand je retournerai en Egypte, il faudra bien que je T'appelle par un nom. Qu'est-ce que je dirai?"
"Eh bien, tu devras te contenter de dire que Je Suis qui t'a envoyé". Quel drôle de nom!
Il en est de même pour l'Eglise. Les gens me demandent souvent, "De quelle église êtes- vous?"
Ma réponse est alors, "De l'Eglise".
"Mais laquelle?"
"L'Eglise."
"Oui, d'accord, d'accord - mais vous savez ce dont je veux parler. De quelle église êtes-vous?"
Il n'y a qu'une seule église. Dans le Nouveau Testament, ils n'ont jamais eu à se casser la tête pour trouver un nom pour l'église, parce qu'il n'y en avait qu'une. Une fois, à Charlotte, en Caroline du Nord, on m'a dit qu'il y a 400 églises dans cette ville. Cela n'est pas tout à fait vrai. Il n'y a qu'une église à Charlotte brisée en 400 morceaux. Il ne peut y avoir qu'une seule église par localité.



Il nous faut donc découvrir comment recoller les morceaux. Nous devrions grimper en haut de l'immeuble le plus haut de la ville et dire, "Seigneur, montre-moi l'église de cette ville telle que Tu la vois." Nous sommes myopes. Nous croyons que Dieu ne regarde que par notre petit groupe, à travers une longue-vue depuis le ciel, en se disant, "Qu'est-ce que c'est bien agence! Ils n'ont pas lésine sur l'orgue... et quelle belle moquette!" Ecoutez, Il nous regarde et Il pleure. A travers Ses larmes, Il dit ce que Jésus a dit quand Il a pleuré sur Jérusalem : "Combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes, et vous ne l'avez pas voulu! Voici : votre maison vous est laissée déserte..." (Matthieu 23:37,38).

Il voit les différents pasteurs de la ville comme étant tous co-pasteurs de Son Eglise une. S'ils sont co-pasteurs, ils devraient se rencontrer, avoir de la communion fraternelle, s'aimer les uns les autres. Ils devraient presque vivre ensemble comme les douze pasteurs de l'église de Jérusalem. Ils sont le conseil des anciens de la ville, ayant la charge du troupeau de Dieu.

Dans certains endroits aujourd'hui, nous avons tellement renversé les choses que nous appelons "anciens" des diacres. Alors on a cette étrange situation où l'on voit des "anciens" servir sous des pasteurs. Nous n'avons pas compris que dans le Nouveau Testament, les deux recouvrent la même réalité. Jésus est la Tête qui, dans la vision de Jean en Apocalypse 1, marchait au milieu des chandeliers (les églises). Chaque église dans chaque localité est différente ; elle s'adapte aux besoins locaux de la même manière que l'église de Jérusalem s'est développée dans un sens et l'église d'Antioche dans un autre. Mais elles sont toutes sous la seigneurie de Jésus-Christ. Et grâce à la direction des apôtres et des anciens, le Royaume de Dieu doit être apporté dans chaque localité.

Ce concept nous paraît-il étrange? Une menace pour nos traditions? Il est vrai, j'en conviens, qu'on ne peut par un simple claquement de doigts en finir avec nos dénominations. Même nos gouvernements civils en sont venus à s'y attendre de notre part. Mais il ne faut pas que cela nous empêche de discerner le vrai Corps de Christ dans chaque localité. La sainte tradition protestante ne doit pas barrer le chemin à la croissance.