D’emblée, je voudrais avertir mes lecteurs que je suis très critique quant aux relations de l’église en général et du monde financier en particulier. Je suis d’autant plus acerbe que je travaille à plein temps en entreprise pour financer en partie mon ministère et que je suis journellement au contact de l’e-commerce, du marketing et des contingences financières. Faut-il préciser, que je suis à l’aise dans mon job! Il en va tout autrement pour l’église. Dans mon ministère, j’ai du apprendre à travailler avec une autre mentalité quant aux questions financières, non pas qu’il y ait dichotomie entre mon existence en entreprise et celle dans le cadre de l’église, mais plutôt une portée différente.

De bon ton
Pour parler des finances de l’église, je voudrais surtout me référer à la question du pouvoir. Mammon est un puissant pouvoir qui a pourri la vie des chrétiens et du monde depuis la nuit des temps. À la différence du passé, aujourd’hui, l’argent est le pouvoir central dans notre monde. Il n’a que très peu de contre-pouvoir et il devient de bon ton de l’afficher.

Une église politicarde
L’église s’est toujours faite avoir par les différents pouvoirs. Lorsqu’elle a frayé avec l’empereur Constantin dans les premiers siècles, elle est devenue, par la suite, éminemment politique et l’église catholique, issue de ce lignage, l’est encore en grande partie aujourd’hui, détenant même un territoire (le Vatican), une armée (les Gardes suisses), une administration, des ambassadeurs (les nonces apostoliques) et un certain pouvoir politique ! Comment peux-t-on imaginer qu’une figure de proue de la chrétienté, comme Bernard de Clairvaux (1090 – 1153), ait pu prêcher la deuxième croisade à Vezelay ? Il a simplement raisonné selon le pouvoir dominant. Pour nous, aujourd’hui, ce côté politique et politicard de l’église nous est complètement étranger.

Une église « intellectuelle »
Plus tard, les réformés et les luthériens, étant issus des milieux humanistes et universitaires de la Renaissance, sont devenus des chrétiens dominés par l’université et l’école, nouveau pouvoir en occident. Au XIXème siècle les évangéliques ont réagi contre cet intellectualisme froid et raisonneur en lançant un vrai contre pouvoir où on a redonné de l’importance aux prédicateurs laïcs, non formés dans le sérail de l’Académie, ainsi qu’à des pratiques comme les dons spirituels pour le pentecôtisme, qui ne pouvaient pas s’apprendre sur les bancs de l’école.

Une église riche
Le mouvement évangélique est né avec l’essor de l’industrie en Europe, marche-pied du capitalisme. Il a beaucoup guerroyé sur le plan doctrinal pour se faire une place au soleil, alors qu’un pouvoir plus puissant le guettait.. Il a passé son temps à s’opposer aux églises officielles et historiques sans se rendre compte qu’elles allaient de toute façon perdre de leur importance et de leur influence. Les évangéliques lancent « Stop Pauvreté » tout en vivant dans le cadre de l’église comme des « riches ». C’est-à-dire avec une mentalité de riches, comme au Moyen-Âge avec une mentalité politique ou dans les derniers siècles avec cette mentalité qui croit que l’élévation de l’enseignement dans les facultés de théologie va promouvoir une spiritualité plus engagée ! Mentalité de riches ? Evidemment, lorsqu’on pense que sans investissements financiers, sans appel aux donateurs, on ne peut pas faire progresser une Å“uvre d’une manière significative! Les premiers apôtres sont partis les mains vides pour conquérir le monde. Ils ont commencé dans une petite localité de l’empire pour arriver dans la capitale romaine, à coup de naufrages, à coups de petits boulots (Paul, l’intérimaire de la tente), à coup de passages en prison. Ils n’avaient (pas encore) la mentalité du politique, de l’intellectuel, du financier, même s’ils n’hésitaient pas à avoir des amis politiques, à se cultiver, à étudier, à gagner de l’argent, à faire des collectes.

Si je pousse le raisonnement à fond, je dirais que dans quelques décennies ou quelques siècles, les églises évangéliques, seront dominées par des multinationales, ayant leurs services financiers offerts à la population toute entière, leurs sociétés de marketing, leurs supermarchés avec bien sûr des rayonnages de Bibles pour se dédouaner, ses télés dites chrétiennes, mais financées par la pub et tout le monde trouvera ça normal comme Bernard de Clairvaux a trouvé normal d’envoyer des armées pour libérer le tombeau (vide) de celui qui a dit : « Heureux les doux, car ils hériteront la terre ».

Haro
Pourtant, je ne me fais pas de soucis, Dieu enverra un vrai réveil qui mettra les pendules à l’heure. Comme par le passé, ces nouveaux « pauvres » vont se faire « caillaisser », embastillé, calomnier, traiter de dissidents financiers, d’idéalistes, voir de sectaire, mais c’est eux que l’on retrouvera sur le devant de la scène pour un temps et si le Seigneur ne revient pas avant, comme les précédents, ils seront absorbés par leur propre système qu’ils auront élaboré avec beaucoup de larmes et d’abnégation. Ainsi va la vie …. de l’église !

Mais en attendant, haro sur l’argent qui gangrène nos communautés !

Quelques pistes pratiques
Il faut aborder le problème avec une nouvelle mentalité. On ne combat pas un pouvoir à coup de programmes d’application. Lorsque nous pensons qu’une Å“uvre peut difficilement se développer sans apport d’argent, c’est que nous sommes déjà dans une fausse position… de combat. On enseigne bien que, par exemple, dans le sport, le mental est déterminant pour gagner un match. Donc, c’est bien d’entrer dans une démarche financière avec un certain nombre de convictions :

1. L’Evangile est gratuit. Si nous mettons des péages sur les chemins d’accès à la foi, est-ce que nous ne contredisons pas cette notion de gratuité (par exemple, vente de tickets d’entrée à une manifestation chrétienne) ? Dès que l'on fait payer une activité, elle tombe dans le domaine marchand et celui qui achète est un client. Voulons-nous des clients ou des disciples?

2. La pauvreté, pas la misère, ni le misérabilisme est un must dans la théologie chrétienne, y compris dans le domaine financier. Comment aborder nos ministères sous cet angle-là ? Sous prétexte de faire avancer le Royaume de Dieu, nous construisons souvent des « cathédrales », pas vraiment nécessaires à l’exercice de la foi chrétienne.

3. Le modèle de financement par excellence, dans la perspective biblique, c’est de vivre, comme on dit dans le jargon, par « la foi ». On n’entend plus tellement parler dans nos milieux de ce genre de comportement. C’est vrai que c’est dur et astreignant.

4. Le « faiseur de tente » est un autre modèle biblique. Hélas, il est très peu soutenu par l’église ou bien plutôt, l’église ne prend pas la peine d’organiser ses ressources humaines en fonction de cette donne. Bien des pasteurs supporteraient mieux leur charge pastorale en travaillant, par exemple à mi-temps, en entreprise, quitte à engager un deuxième pasteur qui lui aussi travaillerait en dehors de la communauté.

5. Le financement personnel est un autre chemin d’excellence. Un groupe de jeunes veut monter une comédie musicale qui demande pas mal de finances ? Pourquoi ne feraient-ils pas une croix sur leurs vacances, leurs soirées au ciné ou à des concerts, leurs voyages à Barcelone ou à Bruxelles pour financer leur travail, au lieu de faire payer une entrée ? C’est un excellent placement pour l’éternité !

Henri Bacher