NDLR: Un article d'Henri Bacher (Logoscom.org), un frère qui aime bien titiller nos habitudes ecclésiales et aider les prédicateurs à faire évoluer leur méthodes sans vendre leur âme au diable !

Comment "mesurer" la spiritualité?

En d'autres termes comment puis-je savoir si mon église tient la route? Cette question d'évaluation est d'autant plus importante que nous sommes en face d'une explosion de pratiques spirituelles très différentes les unes des autres. Avant, on était en face de blocs religieux et on se contentait de se définir par rapport à sa position dans l'une ou l'autre de ces entités. D'un côté, on avait les pentecôtistes, de l'autre les communautés de type frères, baptistes, méthodistes, etc. Les réformés, les luthériens et les catholiques devaient être évangélisés et l'évangélique classique rangeait les pentecôtistes dans le domaine de la secte, comme d'ailleurs les adventistes. Le réveil charismatique des années soixante dix a brouillé les cartes; puisqu'il a influencé sans exception, toutes les communautés, de près ou de loin et on retrouve dans les différentes églises un courant transversal teinté très fortement de pentecôtisme quant aux pratiques spirituelles.

La Vérité

Dans un passé, pas si lointain, on avait la Vérité avec un grand V ou on ne l'avait pas. Bien que l'on affirmait haut et fort que le Christ seul était la Vérité, il est bien clair qu'en réalité, un arsenal doctrinaire sous-tendait cette affirmation. Un manquement à l'une ou l'autre des doctrines officielles vous projetait irrémédiablement en dehors du cercle des initiés. La question de la Vérité était donc devenue un système d'évaluation, plus qu'une manière de professer sa foi.

Ces dernières décennies, alors que les frontières religieuses se sont estompées, la défense de la Vérité a battu en retraite, vaincue par le désir de se rapprocher d'autres tendances, mais aussi par le fait que nos spiritualités sont devenues plus émotionnelles. L'émotion ne fait pas bon ménage avec l'arsenal des affirmations doctrinales. C'est très difficile de sentir émotionnellement une doctrine. On la comprend intellectuellement. On y souscrit avec sa raison, mais une doctrine ne fait pas vibrer nos tripes.

Or, aujourd'hui une grande partie de l'église et particulièrement les nouvelles communautés utilisent les "technologies" de l'émotion pour se développer. Le carburant c'est l'émotion et non plus le raisonnement. Comment dans ce contexte vérifier la pertinence de la foi? A quoi va-t-on juger si on est dans le droit chemin?

La performance

On n'entendra plus dire qu'on est dans "la Vérité", mais on dira: "Regardez, le St Esprit nous rend performant!". "Il n'y a qu'à voir les chiffres, pour comprendre que Dieu nous bénit". Et puisqu'il nous bénit par chiffres interposés, forcément nous sommes spirituels. Avant nous avions la dictature de la Vérité, celle de l'arsenal doctrinal. Aujourd'hui nous avons la dictature des chiffres. Un pasteur qui ne peut pas revendiquer des centaines de "follovers" (comme sur Twitter) est regardé de travers. On le soupçonne de n'être pas crédible sur le plan de la foi, pas assez sanctifié. Nous donnons facilement du crédit à un responsable qui a réussi à monter une ou plusieurs communautés de fidèles en l'espace de quelques années ou celui qui a une communauté qui a 1000 membres. Or cette dictature de la performance, nous fait réagir d'une manière qui n'a rien à voir avec l'évangile. A quoi mesurons-nous notre impact dans le monde? Au nombre de clics sur nos pages web, par exemple? Nous revendiquons de fortes audiences et nous sommes fiers sans nous rendre compte que nous alimentons en occident l'économie de la paillette. Ces internautes-visiteurs sont la plupart du temps comme ces badauds qui font du lèche-vitrines. Ils regardent, sans "entrer" dans notre "arrière-boutique", là où se trouve la solution. Le succès et la performance sont dans l'air du temps. Pire encore, nous faisons croire à nos donateurs que nous sommes influents, spirituellement parlant, à cause du nombre de visiteurs dans nos réunions, nos concerts ou sur nos pages web. Le cas des concerts de musique est très flagrant. Y a-t-il eu beaucoup de personnes qui ont rejoint une communauté après un concert? Et ils drainent souvent des milliers de personnes! Au Pérou, on me demandait souvent à la fin d'un camp, combien j'avais eu de convertis. Je répondais que je donnerai les chiffres cinq ans plus tard. C'est facile d'émouvoir des gens, mais c'est plus difficile de les retrouver comme disciple du Christ, quelques années plus tard.

Une moisson finale plutôt maigre

Il y a toujours une vérité à défendre. Les chiffres sont également importants, sinon l'évangéliste n'aurait pas mentionné le nombre de personnes que Jésus a nourries. Ce qui est préjudiciable c'est que cela serve de critères d'évaluation de la santé spirituelle. Jésus s'est occupé de milliers de personnes à la fois, mais il s'est plus souvent investi pour une seule personne à la fois. Quand vous donnez de l'argent à une oeuvre regardez derrière les chiffres! Ne vous laissez pas impressionner par le nombre! D'ailleurs, selon l'Ecriture, Parole de Vérité, la moisson finale sera plutôt maigre. Alors si même le Créateur des chiffres, accepte des bilans minables, pourquoi devrions-nous nous lamenter? Etre fidèle, mettre en pratique la foi, aimer son prochain, c'est ça la grille d'analyse par excellence.

Henri Bacher