NDLR: J'ai regardé hier ce film insupportable, qui reçut la Palme d'Or à Cannes en 2008. Les mots me manquent pour décrire les sentiments contradictoires qui m'ont assailli en voyant des scènes d'un autre âge et d'un autre lieu, qui pourtant se passent de nos jours, en France. En voici une critique intéressante

En plans serrés pleins de sollicitude, Entre les murs, film juste et sans tricheries, ne masque pas les rugueuses difficultés et les moments de grâce de la vie d'une classe. Mais enfin, si touchant soit-il, le film nous met devant un échec. Cet échec ne donne pas envie de dénoncer les carences du système, car chacun s'épuise à faire au mieux. On ne peut y dénoncer un adulte démissionnaire, une administration aveugle, ni même des profs solitaires et usés. Qu'est-ce, alors, qui ne va pas ? La nasse où se trouvent pris les personnages, entre les murs, tient de la tragédie plus que du documentaire sociologique.

Toute tragédie naît à l'intersection de la loi et de l'honneur. Le mot respect, que chacun se renvoie, est le noeud qui lie cette tragédie. Entre les murs, des injures aux sanctions, en passant par le douloureux dialogue aussi bien que par la longanimité, est un film sur la naissance impossible de la loi. Écoutons ce que dit Boubakar, un élève, et qui désarçonne son professeur. Le professeur tente de faire découvrir par eux-mêmes aux élèves le sens du mot honte. Boubakar raconte alors qu'il n'a pas osé manger devant la mère de son meilleur copain, précisément parce qu'il la "respecte" et que manger avec elle ce serait "la honte" François, le professeur, reste pantois devant cette anecdote pour lui indéchiffrable et l'interprète avec une sotte ironie : on retiendra, dit-il en se tournant vers la classe pour la faire rire, que si Boubakar mange avec quelqu'un c'est qu'il ne le respecte pas. Le garçon, déjà bien embarrassé pour s'exprimer, ne sait comment rattraper ce malentendu…

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