Extrait de "L'homme peut-il vivre sans Dieu ?" de Ravi Zacharias, pages 36 à 38. Né en Inde 1946, Zacharias a émigré vers le Canada en 1966, où il exerce maintenant un ministère d'évangéliste.

« L’un des points faibles d’une philosophie qui s’efforce de nier Dieu est son refus de faire face au monstre qu’elle a engendré et d’admettre qu’elle est bien son géniteur. C’est là que se situe le premier obstacle insurmontable pour celui qui veut vivre sans Dieu : l’incapacité d’échapper à l’emprise infinie de la loi morale. Sur de nombreux campus universitaires, j’ai vu des étudiants et des enseignants outrés attendre avec une allégresse féroce de pouvoir bondir sur la religion, impatients de lui décocher l’accusation maintes fois répétées mais souvent mal comprise de ceux qui la décochent : Comment la religion peut-elle justifier les milliers de personnes mises à mort en son nom ?

A cette question chargée émotionnellement, il n’est pas aussi difficile de répondre si le questionneur accepte d’expliquer d’abord les crimes perpétrés par ceux qui ont vécu sans Dieu, comme Hitler, Staline, Mussolini, Mao et tant d’autres. L’athée est prompt à s’en prendre violemment à toute croyance religieuse en accusant indistinctement tous ceux qui prétendent avoir une religion. De la même manière pourquoi ne pourrions-nous pas avec le même élan reprocher la violence exercée par certains de ceux qui rejettent toute religion ?

Enfonçons le clou. Les adversaires de la religion ont oublié que ces crimes à vaste échelle dont se sont rendus coupables certains athées n’étaient en fait que l’aboutissement logique d’une philosophie négatrice de Dieu. A l’opposée, le Christ des Ecritures n’aurait jamais approuvé la violence manifestée par ceux qui ont mis à mort sous le couvert de son nom. Les meurtriers au nom de Dieu n’étaient que des politiciens qui se servaient de la religion pour parvenir à leurs fins ; il s’agit d’un amalgame que le Christ a toujours combattu dans sa vie et dans son enseignement. Leurs moyens et leur message étaient contraires à l’Evangile. En revanche, l’athéisme pose la base logique d’une morale autonome, dominatrice et expéditive. Darwin a lui-même prédit ce glissement vers une violence accrue si la théorie de l’évolution était transposée dans la vie. Nietzsche a parlé de l’obscurité qui a enveloppé complètement l’humanité, et il en a discerné les prolongements. Le romancier russe Fiodor Dostoïevski évoque fréquemment l’enfer qui se déchaîne lorsque l’homme largue les amarres, s’éloigne de son Créateur et devient son propre dieu. C’est dire qu’il avait vu d’avance les résultats du rejet de Dieu. Aujourd’hui, nous disposons de preuves positives : nous constatons que notre culture dans son ensemble dérive vers l’anarchie ; nous assistons à la collision inexorable des autonomies.

Au cas où vous penseriez que j’exagère, réfléchissez à ce qui suit. Il n’est pas toujours facile dans notre vie de situer avec précision les moments qui en ont bouleversé le cours. Pourtant en regardant parfois au passé, il nous arrive de saisir un de ces instants particuliers et de nous dire : « Pour moi, c’était celui-ci ». Permettez-moi de vous faire part d’une expérience personnelle dans ce domaine.

Il y a quelques années, j’ai tenu une conférence en Pologne. A cette occasion, j’ai pu visiter les camps de la mort d’Auschwitz et de Birkenau. Depuis lors, pour moi, plus rien n’a été comme avant. J’ai souvent, en silence, repassé dans mon esprit ma première visite dans ces camps nazis. Jamais ne s’effaceront de ma mémoire les mots suivants prononcés par Hitler et accrochés au mur. Le dictateur imaginait une génération de jeunes gens sans conscience. Ces paroles restent gravés là, comme un témoignage éloquent de l’enfer déchaîné une fois l’objectif du führer atteint.

"J’ai libéré l’Allemagne des erreurs stupides et dégradantes de la conscience morale… Nous formerons des jeunes gens qui feront trembler le monde. Je veux des jeunes capables de violence, des jeunes impérieux, implacables et cruels."

Le visiteur peut voir des tonnes de cheveux de femmes récupérés en vendus comme une marchandise par les exterminateurs nazis, ces inventeurs de la « solution finale » qui envoya des multitudes dans les chambres à gaz. Ces souvenirs incroyables, depuis les pièces aux murs couverts de photos d’enfants abusés et castrés jusqu’aux articles de toilette et aux vêtements suspendus au plafond, écrasent le visiteur sous une chape d’abattement et de tristesse.

Que ce projet ait pu être conçu et mûri dans l’esprit de la nation la plus civilisée de l’époque, et mis à exécution sur le sol même qui avait donné naissance au Siècle des Lumières, cela édifie l’entendement. C’était pourtant l’enfant légitime de l’athéisme. L’homme avait commencé à vivre sans Dieu. » P 36 à 38