M. Roy,

J'ai lu votre article sur Darwin et son héritage.

J'ai trouvé curieux que vous parliez abondamment du "créationnisme", mais rien n'indique que vous ayez lu même un seul ouvrage créationniste. Vous mentionnez Behe, mais Behe ne se définit pas lui-même comme "créationniste", bien que ses détracteurs se servent de cette épithète pour le marginaliser et le discréditer, comme vous le faites d'ailleurs...

Pour bien des francophones éduqués, les remises en question de l'évolution chez les américains sont sujets de rigolade. L'explication est d'ailleurs toute trouvée; ils sont religieux. Mais on oublie une chose, comment se fait-il qu'un des pays les plus avancés sur le plan technologique et scientifique au monde remette à ce point en question la théorie de l'évolution? On ne parle pas de la Papouasie tout de même... Mais cette question comporte une question miroir, c'est-à-dire comment se fait-il que les francophones, qui aiment tant se péter les bretelles de leur "esprit critique", ont tellement de tabous et de scrupules à faire des remises en question du darwinisme? On entend parfois des scientifiques francophones qui se gargarisent que "la science est caractérisés par le doute", oui le doute, mais pas trop tout de même... Est-il possible que la réponse soit la même, que ce sont les engagements idéologico-religieux des francophones qui empêchent toute remise en question sérieuse de Darwin?

Combien de francophones savent que le débat sur les origines chez les anglophones est à ce point large et profonde au point que même des philosophes athées tels que David Stove font des critiques dévastateurs de la théorie de Darwin? Vous me croyez sans doute pas alors lisez...

STOVE, David (2006) Darwinian Fairytales: Selfish Genes, Errors of Heredity and Other Fables of Evolution. Encounter Books 320 p.

STOVE, David (1994) So You Think You Are a Darwinian? Philosophy Vol 69, No 269, July, pp. 67 – 77

Il est assez typique que les journalistes francophones ne lisent que ce que disent les évolutionnistes anglophones au sujets des créationnistes. Mais si par hasard (ou par dessein intelligent) il vous arrivait de vouloir dépasser les stéréotypes commodes et examiner les arguments créationnistes à la source, une petite introduction serait utile.

Le créationnisme à l'aube du 21e siècle

et pour examiner sans fard les fonctions idéologiques de la théorie de Darwin en Occident

Mythes des origines et théorie de l'évolution

Mais si vous voulez aller au fond des choses, vous pourrez vous attaquer à un peu de lecture sérieuse, cad mon dernier livre, Fuite de l'Absolu, volume 2 (voir le communiqué de presse).

Fuite volume 2 poursuit la réflexion initiée au volume 1 sur la religion postmoderne. Le premier chapitre de volume 2 examine l'influence sociale de la religion postmoderne en rapport avec la question de l'euthanasie. Ce chapitre laisse s’exprimer des voix généralement étouffées. Les chapitres qui suivent changent de cible et portent leur regard sur une question plus pointue, c'est-à-dire examinent la fondation cosmologique de la religion postmoderne. Une question centrale se pose alors, la pensée occidentale dite laïque, peut-elle se passer de mythes d'origines ?

Fuite volume 2 s'attaque donc à deux questions de fond:

1) Examiner la théorie de l'évolution du point de vue de l'anthropologue : Est-ce que l'Occident "laïque" peut se passer de mythes d'origines?

2) L'évolution tire une bonne part de son prestige du fait qu’elle prétend au statut de théorie scientifique. Il reste alors à évaluer cette affirmation à partir des exigences de la philosophie de la science.

Portez-vous bien monsieur

Paul Gosselin, anthropologue

St-Augustin.