
Marxiste militante, la péruvienne Rosario Rivera était convaincue que l'injustice de notre société devait être combattue par le moyen de la violence. Motivée par la haine autant que par l'éthique com¬muniste ( le but sanctifie le moyen ), elle fit couler beaucoup de sang, jusqu'au jour où un changement total s'opéra en elle, tant dans sa pensée que dans son comportement. Et aussi radicale, aussi engagée qu'avant, Rosario lutte aujourd'hui pour une autre révolution.
Je vivais dans cette société avec l'esprit révolutionnaire de Karl Marx, Engel, Lénine. Mais j'étais une révolutionnaire humaine, tout comme Karl Marx n'était qu'un être humain, fait de chair et d'os, mortel. Je portais une mitraillette sur l'épaule, ce qui me permit de me glisser partout. J'avais dévoré le « Matérialisme dialectique », car celui qui ne le lit et ne l'étudie pas, ne peut comprendre ce que signifie socialisme et communisme.
Changer le monde par la violence
Par la suite, je ne me suis pas contentée de simple-ment remémorer les paroles de Marx, cet homme visionnaire, mais j'ai commencé de les mettre en pratique. Ma haine grandissait démesurément à cause de tout ce que je voyais, — et que vous pouvez. voir encore aujourd'hui : un monde plein d'injustice, fait d'exploitation et d'humiliation. Mon père est un pauvre ouvrier, ma mère une femme simple qui fait les marches. Je m'identifiais facilement avec la masse opprimée, avec le prolétariat et les gens dans le besoin. Je devins donc membre du parti communiste. Pour nous procurer de l'argent nécessaire à l'achat des armes, nous commettions délits sur délits.
J'entrai en action avec une mitraillette et fit couler beaucoup de sang.
Un événement bizarre
Nous avions l'intention de déclencher une grève a l'intérieur d'une usine textile. Tout était bien préparé. Une seule règle était de rigueur : Vaincre ou mourir, mais jamais céder ! Pourtant, cette action me déçut profondément. Je me mis a fumer nerveusement, marchant de long en large, j'avais dans la poche un petit transistor réglé par hasard sur l'émission évangélique « Radio el Pa7.ifio ». On entendit d'abord de la musique classique, ensuite une invitation à assister à une série d'exposés dont les thèmes portaient sur les jeunes, le sexe et la drogue. Les sujets m'intéressaient, je décidai d'y aller.
Une nouvelle manière de penser
Le conférencier parla des cinq enfers de la vie humaine. Et moi, Rosario Rivera, dont l'honneur suprême était d'appartenir au parti communiste du Pérou, me trouvai tout d'un coup, dans mon for intérieur, complètement nue. Pas même Che Guevara, que j'ai pourtant côtoyé pendant quatre mois, n'avait pu lire ma vie intérieure. Par contre, cet homme sur le podium était en train de raconter toute ma vie. Il révélait ce qui était caché en moi. Tout ce que j'avais fait, il me le disait : vols, meurtres, détournements de jeunes sur des voies mauvaises, trafic de drogue, et bien plus encore.
Deux forces luttent en moi
Le prédicateur lança un appel. Je m'avançai et cherchai a approcher cet homme. Si j'avais eu une mitraillette, combien j'aurais aimé lui envoyer une rafale ! Je ne comprenais pas que les autres personnes qui s'avançaient le faisaient dans le désir d'accepter Jésus-Christ dans leur vie. Une femme ayant à peu près la soixantaine s'approcha et me dit : « Chère soeur, quelle joie merveilleuse que vous désiriez accepter Jésus-Christ ! » Je la regardai éberluée. Je sentis la colère monter en moi, un jet de lave bouillante. Reculant alors d'un pas, j'assenai un de ces coups de pied a la femme qui tomba en arrière.
Frappée par l'amour de Dieu
Ma demeure était une simple hutte faite de quelques bouts de tissus accrochés à des hâtons qui supportaient un toit de tôles. Le sol était en terre hattue. Là , l'essayais de me soustraire au regard de Dieu. Mais une nuit, il eut pitié de moi. Il me montra combien dans mon cœur j'étais sale, ce qu'auparavant je n'aurais pas accepte. Le mot « péché » n'avait pas de place dans mon vocabulaire, avec Marx, moral et immoral, c'est du pareil au même.
La guerre des pensées
Je n'oublierai jamais le 4 décembre. J'allai me coucher pour dormir. En rêve, je vis une Bible ouverte et en haut de la page droite les mots : « L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » Je vis encore la Bible ouverte et je lus dans Jérémie 17,5 et 7 : « Maudit soit l'homme qui se confie clans l'homme, qui prend la chair pour son appui et qui détourne son cœur de l'Eternel ! » Et : « Béni soit l'homme qui se confie clans l'Eternel et dont l'Eternel est l'espérance ! » Je compris immédiatement que je ressemblais au premier de ces deux hommes. En octobre, un ingénieur m'avait offert une Bible le jour de la Saint Rosario. Evidemment, je ne l'avais jamais ouverte ; elle gisait par terre, couverte de poussière, j'allai la ramasser. Après avoir feuilleté le livre, mon regard tomba sur Matthieu 4,4 : « L'homme ne vivra pas de pain seulement ...»
Je capitule
La Parole de Dieu me frappa. Je fus prise de tremblements. La Bible tomba a terre et je chancellai. Je luttai en titubant pour ne pas tomber aussi. Finalement je me laissai aller à genoux et m'écroulai. Des larmes se mirent à couler ; à cet instant, ]e vis, d'un regard intérieur et comme clans un film, le déroulement de ma vie passée. En voyant tous les péchés que j'avais commis, j'eu honte de moi. Du temps où je militais pour le parti communiste, je croyais mes actions bonnes, mais maintenant elles m'apparais-sent sous la vraie lumière. Dans mon désespoir, je criai de toutes mes forces : « Qu'est-ce que je vais faire maintenant ? »
Le changement
La question était honnête. En réponse, le Seigneur éclaira de sa lumière les ténèbres de ma vie. Quand je me réveillai, le matin, je sentis une joie jamais connue auparavant. Toute haine avait disparu. Maintenant, j'étais remplie d'amour, au point que j'aurais embrassé toute personne passant à côté de ma hutte, afin de leur parler de Jésus-Christ.













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