Le vendredi 28 novembre 2008, la Cour d'appel de Paris a donné raison au Président Sarkozy dans le procès l'opposant à une maison d'édition : « Le fait d'inciter le lecteur à avoir un rôle actif en agissant sur une poupée dont le visage est celui de l'intéressé (...) avec des épingles, piquantes par nature, et alors que le fait de piquer volontairement, que sous-entend l'idée de faire mal physiquement, ne serait-ce que symboliquement, outrepasse à l'évidence les limites admises, constitue une atteinte à la dignité de cette personne. »

Deux poupées vaudou à l'effigie du Président de la République et de Ségolène Royal à piquer avec des aiguilles avaient été proposées à ceux qui espéraient un autre président que Nicolas Sarkozy, avec une incitation à essayer la magie noire pour conjurer le sort, manuels d'utilisation à l'appui. Le Chef de l'Etat avait alors saisi la justice, démarche dénoncée comme une preuve de manque d'humour, notamment par Mme Royal qui avait pourtant également envisagé de porter plainte contre les éditeurs pour atteinte à sa dignité.

Par l'intermédiaire de son avocat, Nicolas Sarkozy a plaidé le 24 octobre dernier pour atteinte à son image et a demandé le retrait du marché des poupées le représentant après avoir vainement demandé à la société faire marche arrière. Le 29 octobre, le tribunal de Paris a débouté le Chef de l'Etat de sa plainte. Pour les premiers juges, « La caricature et la satire, même délibérément provocantes ou grossières, participent de la liberté d'expression et de communication des pensées et des opinions. » Ils estiment que cette Å“uvre n'a pour but que de « brocarder des idées et prises de positions politiques, comme des propos et comportements publics, en guise de protestation ludique et d'exutoire humoristique. », sans franchir les limites du droit à l'humour. Ils ont donc refusé de faire droit à la requête de M. Sarkozy, ne voyant dans cette affaire qu'une question de goûts qui ne relève pas de leur compétence matérielle. C'est ce jugement que la Cour d'appel vient infirmer. La Cour a, cependant, refusé la demande de retrait du commerce des objets litigieux au motif que « La mesure d'interdiction sollicitée n'est pas proportionnée et adéquate, en ce qu'elle est une mesure spécialement attentatoire à la liberté d'expression. » Les juges ont dû concilier le droit à la liberté d'expression et le droit au respect de l'image de chacun après les avoir mis en balance.

La plainte du Chef de l'Etat a pu sembler étonnante dans une France laïcisée et même désenchantée, c'est-à-dire qui ne considère plus le monde comme faisant partie d'un dispositif également spirituel et plus largement métaphysique (même si les pratiques occultes ne sont pas nouvelles en France, y compris dans les arcanes du Pouvoir(1)). En fait, cette affaire met en jeu le principe de la démocratie, le respect de la dignité humaine et de la fonction présidentielle, plus largement régalienne.

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