Le procès de huit musulmans britanniques accusés d'avoir préparé des attentats à l'aide d'explosifs liquides s'est achevé le 8 septembre à Londres. La cour a rejeté le principal chef d'accusation, ce qui étonne la presse britannique.
Huit hommes soupçonnés de vouloir commettre des attentats suicides simultanés dans sept avions à destination des Etats-Unis et du Canada avaient été arrêtés le 10 août 2006 au Royaume-Uni. Selon l'accusation, ils projetaient de camoufler des explosifs dans des bouteilles de boisson gazeuse. Certains avaient même enregistré des vidéos inspirées d'Al-Qaida, dans lesquelles ils proféraient des menaces contre l'Occident. La découverte de ce complot avait été à l'origine de nouvelles mesures de sécurité comme l'interdiction du transport de liquides en cabine.
Au terme de cinq mois d'audience, les trois leaders du groupe, Abdulla Ahmed Ali, Assad Sarwar et Tanvir Hussain, ont été reconnus coupables de tentative de meurtre à l'encontre de "personnes inconnues". Les jurés doivent encore se prononcer sur les quatre autres, et le dernier a été acquitté.
Les accusés ne sont donc pas condamnés pour les faits dont ils étaient suspectés au moment de leur arrestation. En effet, la cour n'a condamné aucun des huit hommes pour tentative d'attentat sur avions de ligne alors que l'accusation soutient qu'ils avaient des cibles précises et prévoyaient de faire exploser au moins sept avions. The Guardian souligne l'incapacité du jury à "établir leur participation au plus grand complot terroriste depuis le 11 septembre 2001". Le quotidien s'interroge également sur le fait que les jurés ne se soient pas prononcés sur les quatre suspects restants malgré les preuves accablantes dont disposait l'accusation. Les quatre hommes avaient pourtant reconnu avoir participé à l'enregistrement de vidéos qui devaient être diffusées après les attentats.
Cette décision est perçue comme un coup dur pour la lutte antiterroriste en Grande-Bretagne. Pour The Times, le rejet du dossier de l'accusation après une enquête qui a coûté 10 millions de livres (12,4 millions d'euros) déclenche une "véritable crise". Ce quotidien s'interroge sur l'effet que l'indécision du jury peut avoir sur la façon dont la population perçoit la menace terroriste, jugeant qu'elle pourrait mettre à mal les tentatives du gouvernement d'introduire de nouvelles lois sur la sécurité. Le journal précise que le parquet envisage de réviser le procès.
Mais l'affaire a également une dimension politique. Dans The Guardian, le journaliste Simon Jenkins révèle que l'initiative antiterroriste, baptisée opération Overt ("A découvert"), qui a permis de déjouer le complot avait été prématurément interrompue du fait des Etats-Unis alors que les policiers britanniques auraient souhaité rassembler davantage de preuves avant de procéder à l'arrestation des suspects. Le chroniqueur du Guardian accuse le vice-président américain Dick Cheney d'avoir "saboté l'opération la plus complexe de l'histoire de la lutte antiterroriste" en demandant au Pakistan l'arrestation immédiate d'un complice présumé, afin de redorer le blason des républicains avant les élections de mi-mandat en 2006. Il s'agissait de Rashid Rauf, impliqué dans les attentats manqués du 21 juillet 2005 à Londres, qui aurait servi de lien entre les suspects et Al-Qaida.













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