Depuis quelques années, le foisonnement des nouvelles églises prend de l’ampleur au Bénin, petit pays logé quelque part sur la côte du golfe de guinée. De nouvelles églises dites évangéliques naissent tous les jours et poussent dans tous les coins notamment à Cotonou et dans d’autres villes du pays. Le décompte se révèle difficile. Le « Vodou », la religion ancienne, celle des ancêtres et pratiquée par les 2/3 des Béninois devra résister au courant impétueux de ces religions étrangères qui arrivent avec détermination pour occuper du terrain et régner en maître.
« Frères et sœurs en Christ, vous qui êtes assemblés ce jour, vous pouvez vous considérer comme des candidats potentiels à la vie éternelle par ce que vous avez choisi le meilleur chemin en venant ici ». C’est en ces termes que s’exprimait en ce jour de culte, le Pasteur Elvis DAGBA, père fondateur de la Mission d’Evangélisation et du Perfectionnement des Saints.
Des déclarations du genre consacrant la création d’Eglises nouvelles dissidentes sont aujourd’hui courantes et traduisent la fréquence de la multiplication des Églises au Bénin.
Au Bénin, les églises évangéliques poussent comme des champions et foisonnent tous azimuts. Quiconque cherche Dieu n’a que l’embarras du choix, lorsqu’il emprunte la voie du stade de l’Amitié pour le rond point de la place de l’Etoile Rouge. Pas moins d’une vingtaine d’églises évangéliques se trouvent sur son passage. Sur cette courte voie de 5 km environ cohabitent de part et d’autre la Mission évangélique de la Foi, (MEF), l’Eglise des Affranchis du Christ, l’Union Renaissance d’Homme en Christ, la Mission internationale des Rachetés de Dieu, l’Eglise de la vie profonde…. La liste est longue. . Sans compter tous les domiciles privés qui se transforment en lieux de culte les dimanches. Les week end, et même les jours ouvrables ce sont des chants religieux et des prières que l’on entend partout. Et il en est ainsi dans tout Cotonou, ainsi que dans toutes les villes et localités reculées du pays. Ce dimanche, nous avons choisi l’église Action Faith, située à Gandhi, dans la zone commerciale de la capitale économique du Bénin. C’est sur l’R+ 1 d’un long bâtiment entièrement ventilé rempli de bancs et chaises et qui peut accueillir près de mille fidèles. Sur l’estrade, devant, on aperçoit une batterie de fauteuils en cuir, d’une qualité exceptionnelle dans lesquels sont assis quelques hommes en costume. A gauche de l’estrade, un orchestre avec des appareils de sonorisation de dernière génération entonne le Gospel qui plonge quelques fidèles les mains levées vers le ciel dans le lieu promis (la vie éternelle).
A l’entrée, un homme en costume et une femme en tailleur avec une toilette provocante contrôlent ceux qui y entrent. La salle est pleine à craquer. Dans l’assistance, des dames très classe et de jolies jeunes filles en grandes tenues, des hommes en costume de bonne coupe de tous les âges, et plusieurs célébrités de la scène politique béninoise sont identifiés. Des fidèles viennent témoigner des grâces reçues de Dieu. Un tel a été admis à un examen ou concours, telle autre a été guérie de ses fibromes, tel autre a vu son fils ou son père qui était au bord de la tombe retrouver vie.
Des vedettes dans la danse
Chaque témoignage est fort applaudi par la foule. Lorsque la salle est bien chauffée, « The Father of the house », (le père de la maison en anglais), le Révérend YEMI Adéfarazi fait son entrée. Il observe la salle, murmure à l’oreille d’un Pasteur, puis empoigne un micro et se met à chanter Alléluia. C’est le délire dans l’assistance. Tout le monde fait chorus au nom de Jésus. On ne sait plus si l’on est à un concert ou à une messe. Le Bishop est bien dans son élément. Dans une vie précédente, il devait être une bête de scène. On se surprend à esquisser des pas de danse en l’écoutant chanter. Parmi ses ” adjoints ” massés derrière lui, se trouve le Pasteur ROTIMI, tous de nationalité nigériane
L’argent derrière les intentions
Après l’adoration, la musique et la danse, le Révérend YEMI Adéfarazi se met à prêcher en anglais soutenu, traduit en français par une jeune fille bien taillée. Pendant au moins deux bonnes heures. Le message portait bizarrement sur le retour du Christ. Sans oublier d’évoquer, à chaque fois qu’il descend de l’estrade pour avancer vers les fidèles, les bienfaits que procure le fait de donner à l’église et de payer sa dîme. Tout au long du prêche, de nombreux fidèles se lèvent pour aller mettre soit des billets de banque soit des chèques signés au nom « peut être du Pasteur » dans une corbeille placée devant l’autel. Puis suivront deux quêtes appelées offrandes. A chaque fois, le public est invité à soulever les mains pour être béni. Ceux parmi qui ont payé leur dîme sont invités au pied de l’autel pour recevoir une bénédiction spéciale. Nombre d’entre eux, surtout des femmes, tombent en transes. YEMI Adéfarazi souffle sur le visage de l’une d’entre elles. Elle s’écroule, en transes, elle aussi. Le culte dure environ quatre heures. A la fin, le serviteur de Dieu reçoit dans son bureau, solidement gardé par des sentinelles. Comme cette église, des milliers d’autres procèdent de la même manière aux mêmes pratiques tous les jours de culte.
Le vieux Kalifa SABOU est Pasteur à la retraite depuis une dizaine d’années. Il est âgé de 85 ans ; il attribue la prolifération des églises comme l’accomplissement de la parole de Dieu. Selon lui ce sont des signaux forts pour le retour proche de Jésus Christ.
Quant à Dah ALIGBONON, dignitaire du culte vodou, il déplore le désordre que constitue la création anarchique d’église, mais tout en reconnaissant que la liberté de culte existe chez nous. IL poursuit en ces termes : « La religion est une liaison entre l’Homme et Dieu, grâce à la croyance, à la foi. Chacun vit individuellement sa croyance et peut l’exprimer à sa manière ».
Il faut rappeler qu’au Bénin, la coexistence entre chrétiens et traditionalistes est parfaite et parfois on voit un temple et une église qui se font face. L’exemple de Ouidah, ville située à environ 40 km de Cotonou en est une preuve palpable. Ici, le Temple des Pythons, serpent vénéré par l’ethnie Pédah (ethnie majoritaire de cette ville) fait face à la Basilique, une des plus importantes paroisses de l’église catholique du pays.
Tout le Bénin pour Christ en 2020
Plusieurs leaders d’églises évangéliques au Bénin se sont mis d’accord pour fixer des objectifs pour les églises dans les 12 ans à venir. Le défi est d’implanter 18000 églises avant l’année 2020.Cela veut dire qu’en 2020 le nombre d’églises devrait atteindre 22000. Objectif d’autant plus réalisable que, parmi les 5000 églises évangéliques qui existaient en 2005 si seulement 1000 pouvaient implanter une nouvelle église par an, cet objectif serait largement atteint.
Les libertés d’expression et de culte acquises en faveur de la conférence nationale des forces vives de la nation de février 1990 font installer le désordre dans ce secteur. Le leadership, l’escroquerie, l’abus de confiance et autres plaintes sont souvent enregistrés à la suite des scissions et divisions. Sur place, les dispositions prises par l’Etat pour réglementer le phénomène ne se font pas sentir. Les dirigeants d’églises eux, ont pour objectif de couvrir le pays entier. Ils envoient leurs disciples dans les endroits les plus reculés du pays. Tout ceci pour accomplir l’instruction donnée par Mathieu 28 :19 dans la Bible et qui dit : « Allez faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du père, du fils et du Saint Esprit.













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