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Le pasteur Didier Biava, sur le site Topinfo, proposait fin janvier une réflexion sur le piratage de musique chrétienne, en concluant par un appel aux pasteurs à brieffer leurs brebis sur le vol que constitue ce piratage. Sans cela, estimait-il, c'est la fin des haricots, à moyen terme, pour des vedettes comme Exo, Nicolas Ternisien et j'en passe. Ses réflexions, dont je vous donne ci-dessous un extrait représentatif, en ont suscité plusieurs autres chez moi, et je voudrais maintenant vous les partager.

Un musicien chrétien a estimé à ceci le coût d'un album, je vous le cite : "Un enregistrement "live" n'a pas le même coût qu'en studio. En voulant une qualité professionnelle, entre les arrangements, les cachets des musiciens professionnels, les prises de son, les locations de studio, le mixage, le mastering, les masters et le graphisme, il faut compter entre 70 et 90.000 €, voire plus, si c'est fait à l'étranger. Ensuite, il faut régler le pressage, l'imprimerie, la SDRM et les royalties, les frais de gestion et les impôts. La marge est très petite, et il faut vendre beaucoup d'unités pour couvrir les investissements." Mais la moyenne générale d'un album se situe entre 15.000 et 30.000 Euros, et certains ne rentrent jamais dans leur frais. Si le piratage continue à ce rythme effréné, en moins de cinq ans la plupart des artistes estampillés "chrétiens" auront disparu, et les distributeurs comme Séphora ou Top Boutique auront mis la clé sous la porte ; il ne nous restera alors, et une fois de plus, que nos yeux pour pleurer.

Ma position en 2 mots
Je voudrais commencer par remercier Didier pour l'opportunité que son éditorial me fournit. N'allez pas déduire de mes propos, qui sembleront marginaux devant l'avalanche de commentaires positifs qui suit son message, que je soutiens le droit au piratage, telle n'est pas la question. Je résumerai ma position à celle-ci, que je développerai ensuite en l'étayant par la Bible et l'expérience: les artistes chrétiens devraient renoncer à leurs droits d'auteurs et produire des oeuvres directement en faveur du domaine public pendant qu'en contrepartie, les croyants qui leur reconnaissent ce don spirituel les soutiendraient financièrement, comme furent soutenus dans toutes les époques les missionnaires marchant par la foi. Ce faisant, les oeuvres spirituelles, livrées aux courants énormes de la mondialisation informatique, produiraient une large moisson. Ce monde serait alors impacté par un nouveau mode de fonctionnement, basé sur la foi et non sur le respect strict voire étriqué du copyright, qui produit des artistes liés par une forme de crainte, peut-être même par l'appât du gain (le libéralisme économique, qui consiste à récolter pour un service ou un produit une valeur supérieure à sa valeur réelle), semant chichement pour moissonner chichement. Je continuerai par des remarques plus générales sur la musique chrétienne, pour examiner l'aspect économique et terminer sur la banqueroute annoncée que constituerait ce vol. J'inviterai alors nos chers lecteurs à partager dans la transparence, le respect et la simplicité, leurs idées et je suis convaincu que Dieu bénira cette discussion qui enfantera non pas des "nuées sans eau" ou des "polémiques stériles", comme nous accusent de le faire certains, mais de véritables fruits et une libération de nouvelles vocations.

La musique "chrétienne"
Il me semble que dans son éditorial, Didier a oublié plusieurs choses, ou du moins il n'a donné qu'un seul son de cloche en faisant parler les acteurs-clefs du monde de la musique évangélique. D'abord, dans ce que nous appelons "musique chrétienne", il faut bien avouer que pas mal de choses ne sont pas en accord avec la Parole de Dieu. Je m'étais déjà, voici quelques années, insurgé contre la présentation comme de la "viande sexy", des jeunes et jolies chanteuses, dans le but de faire vendre leurs albums. Cette pratique marketting qui fait chuter de nombreux jeunes gens (garçons et filles) dans la convoitise est-elle à la gloire de Dieu? Cette dérive, quasi généralisée, mériterait à elle seule que la bénédiction de Dieu se retire de certaines oeuvres faites en Son nom. Parlons ensuite des influences musicales. De nombreux jeunes, à peine convertis, ne laissent pas "dans la mort" leurs pratiques d'avant la conversion. Trop rapidement poussés par des responsables "jeunistes", ils importent dans les églises des influences non sanctifiées. Quand il ne s'agit pas carrément de chrétiens qui se gorgent de musique "du monde" pour y puiser leur inspiration. Cela aussi est, à mon avis, une grave dérive de notre époque, que pourront attester ceux qui, comme moi, observent le lent glissement du monde évangélique depuis les 20 dernières années.

Le système économique "babylonien"
Une autre chose qui fait actuellement l'objet d'un "jugement divin", c'est le système économique ultra-libéral dont les abus atteignent "jusqu'aux cieux". Ce n'est pas pour rien que la Bible rapporte que Salomon recevait chaque année 666 talents d'or. Il y a dans les techniques séculières de levée de fond, d'appel d'argent et surtout de vente des mécanismes que nous ne devrions même pas toucher du bout du doigt (je prends un seul exemple: les tarifs "psychologiques" à 19€99, qui ont pour but de nous faire croire que l'article acheté ne vaut pas 20€, ce qui est un mensonge). Certes, tout a un coût, mais il y a lieu de s'interroger si tout ce que nous appelons "évangélisation" n'est pas plutôt de l'amusement. Là où des missionnaires parviennent à faire beaucoup, avec des sommes ridiculement petites, nos évangélisateurs musicaux modernes ont besoin de beaucoup d'argent pour faire évoluer et transporter les machines à bruit, plus de personnel, plus de temps d'antenne, de locaux ou de communication, etc. J'avais tenté déjà de dresser un contre bilan d'une sorte de "téléthon chrétien" qui, si je m'étais réjoui qu'il avait permis à une oeuvre de récolter un peu d'argent, risquait purement et simplement de laisser dans l'ombre des dizaines d'autres oeuvres, tout aussi méritantes, mais qui n'auraient pas eu la chance d'être portées par nos communicateurs modernes. Nous avions également parlé de la discrimination par l'argent, qui remplace peu à peu le bénévolat, au motif d'un témoignage plus éclatant, mais qui faisait au contraire que l'évangile devenait "de plus en plus cher" (lire ici).

Dans ce sens abonde également une des réactions à l'édito de Didier Biava, celle d'un musicien du nom de Grégory Boutinon qui, si elle aurait pu faire sourire voici quelques années, semble plausible avec l'apparition de "cours bibliques estampillés" et vendus aux églises comme des produits commerciaux, je veux parler ici de la campagne "40 jours pour l'essentiel":

Etant moi même un professionel chrétien de la musique, je me permets de vous laissez mon avis, à la foi d'acteur et de 'consommateur' de musique. Le système actuel est à la fois injuste pour les artistes ET pour les chrétiens. Un petit exemple de comparaison: Imaginons des cultes financés directement à l'entrée de l'église par une somme fixé au préalable par une société commercial qui elle même rémunèrerai le pasteur en fonction des entrés. Nous pouvons tout de suite imaginer les effets pervers d'une telle situation. Peut être il y aurat-il des gens pour rentrer en fraude, assoiffé par l'évangile ... tout ceci me rappelle vaguement les marchands du temple ... Ce système est actuellement celui appliqué au monde de la musique et que l'église à malheureusement repris à son compte pour ce qui est de la rémunération des artistes. Il vaudrait bien mieux pour la gloire de Dieu, que le corps de Christ ne considère plus la louange et l'évangélisation comme des actions devant être rentables, mais qu'il soutienne par ses dons les ministères qu'il reconnait et qu'il forme. Ce ne devrait pas être à une entreprise, de choisir les artistes qui ont le droit de s'exprimer. Ces entreprises restreignent par le même temps l'accès à la louange (par des prix qui ne se pratiquent même pas dans le monde) alors qu'elle appartient au final à l'ensemble des chrétiens.

Copie privée et vie du support
D'un point de vue technique, je voudrais préciser ce que dit notre ami Didier qui affirme que le droit à la copie privée existe en France. Ce n'est pas tout à fait exact, puisque ce droit est attaché au support uniquement en fonction de sa durée de vie, autrement dit: vous n'avez pas le droit, si votre CD ou DVD est détruit, d'en perpétuer une copie de secours. Lors d'une affaire concernant ce droit à la "copie privée", la Cour de cassation a débouté l'UFC-Que Choisir au motif qu'une telle autorisation ouvrait la porte au piratage. Le contournement des systèmes anti-copie est par surcroît illégal mais, paradoxalement, est illégal (ou plus exactement abusif) pour un fabricant le fait d'empêcher la copie privée. Le serpent se mordant la queue, le contournement de cet empêchement constituerait, lui, un acte de piratage: le Droit (français) en est là, à ce jour.

La création de compilations libres et le copyleft
L'article 1 de la loi DADVSI est clair: chacun est libre de "mettre des oeuvres gratuitement à la portée du public". Il est donc tout à fait loisible, contrairement à ce que les gens mal informés affirment, de créer une compilation libre et d'en faire un pressage en nombre, il suffit de prouver à la SDRM que les morceaux ne sont soumis à aucun enregistrement de la SACEM. Lorsqu'on parle de cela aux artistes chrétiens, il est difficile de les convaincre que, pourtant, à notre époque, de nombreuses solutions alternatives existent, qui permettent de produire de la musique libre de droits. Pour aller plus loin, je vous propose un examen "théologique" sur le copyleft que j'avais fait il y a quelques années: pour quelles raisons les chrétiens devraient-ils renoncer à leurs droits. Lire ici: L'évangile du copyleft. Il me semble que les artites chrétiens, loin de se cramponner à leur copyright, devraient être les premiers à montrer l'exemple.

Le monde anglo-saxon et l'exemple de Zpoc
Dans le monde anglo-saxon existe Zpoc, un logiciel de P2P communautaire chrétien, qui met à disposition des évangéliques du monde entier depuis longtemps de la musique inspirée. Il a tenté au fil des années de rallier à sa cause des artistes qui soutiennent la distribution gratuite de fichiers mp3 et, tout à fait conscient de l'hypocrisie qui consisterait à décliner ses responsabilités en affirmant être seulement un "tuyau" (ce qui est la position "légale" adoptée par les hébergeurs de fichiers piratés, les logiciels de p2p, mais aussi les fournisseurs d'accès à Internet, etc. On retrouve la même logique hypocrite que les messages d'avertissement sur les paquets de tabac, les alcools forts, etc.), recommande dans son disclaimer à ses usagers d'acheter les mp3 qu'ils ont téléchargé sur leur disque dur. Par milliers, les mp3 ont été offerts par divers artistes qui sont convaincus que leur rôle est de produire des oeuvres libres de droits, conscients que leurs auditeurs, reconnaissant en eux ce don, les soutiendront financièrement comme il se doit. Pourtant, la liste de ceux qui soutiennent sans réserve ce projet, et se laissent par conséquent dépouiller de leurs droits, est à l'image de l'engagement véritable dans notre époque de tiédeur. Elle est mitigée et compte seulement une trentaine d'artiste, dont Mercy Me, Apologetix, Seventh Day Slumber, Matt Brouwer, Jennifer Sides et By The Tree. D'autre, comme la maison d'édition Pillar, s'est sentie insultée par la lettre des responsables de Zpoc, qui leur demandait de voir d'un bon oeil cette occasion de diffuser plus largement leur message: pensant à une mise en cause de leur intégrité, les éditeurs de musique ont saisi la jutice américaine, et toute l'affaire sera portée devant un tribunal non chrétien ce qui, n'en déplaise à Didier qui affirme le contraire, n'est pas du tout biblique:

Ne savez-vous pas que nous jugerons les anges? et nous ne jugerions pas les affaires de cette vie? Si donc vous avez des procès pour les affaires de cette vie, établissez ceux-là pour juges qui sont peu estimés dans l'assemblée. Je parle pour vous faire honte: ainsi il n'y a pas d' homme sage parmi vous, pas même un seul, qui soit capable de décider entre ses frères? Mais un frère entre en procès avec un frère, et cela devant les incrédules. C'est donc de toute manière déjà une faute en vous, que vous ayez des procès entre vous. Pourquoi ne supportez-vous plutôt des injustices? pourquoi ne vous laissez-vous pas plutôt faire tort? Mais vous, vous faites des injustices et vous faites tort, et cela à vos frères. Ne savez-vous pas que les injustes n'hériteront point du royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas: ni fornicateurs, ni idolâtres, ni adultères, ni efféminés, ni ceux qui abusent d'eux-mêmes avec des hommes, ni voleurs, ni avares, ni ivrognes, ni outrageux, ni ravisseurs, n'hériteront du royaume de Dieu. (1 Corinthiens 6;3-10)

Conclusion
Il s'est créé entre les artistes chrétiens et leur public une telle distance de fait que les "consommateurs" chrétiens ne se sentent pas ou plus redevables, estimant que les "vedettes" sont suffisamment bien payées. C'est un aspect que Didier a omis de souligner, et à cet égard, je me réjouis de l'orientation nouvelle que prend le ministère du groupe Exo. C'est en ne connaissant pas ou peu les artistes chrétiens, en considérant leur don musical comme des "biens de consommation", que les croyants peuvent en venir à ne pas considérer comme un dû de les rétribuer. Si en revanche les musiciens se contentaient de se laisser diriger par le Seigneur, d'aller là où il ouvre les portes, je suis convaincu que, d'abord, bon nombre de ministères inutiles seraient "écrémés". Il faut bien admettre que dans notre société qui vit une mutation, de nombreuses personnes se lancent à corps perdu dans la société de loisir et de spectacle et croient qu'il faut impacter notre monde avec ses propres méthodes. C'est possible parfois, mais ce n'est pas automatique. D'autre part, l'amateurisme conduit de nombreux "borgnes" à briller au milieu d'un public "d'aveugles". Je veux dire, si un Jacques Brel ou un Brassens savait toucher les âmes, c'est de notre sein que devraient sortir les artistes qui bousculeront les consciences et seront les premiers aux "hit parades" du monde. Quoiqu'on puisse objecter que ce monde n'a en général que de la haine pour nous. Où sont pourtant les professionnels chrétiens qui ont percé dans ce milieu difficile?

Bref, si certaines oeuvres ne survivent pas aux temps qui viennent, c'est soit qu'elles n'étaient pas appelés, que leur semence n'a pas "triomphé du monde", soit que leur temps est terminé, et qu'elles seront emportées par le jugement qui vient.

Ceci ne constitue qu'une série de réflexions bien imparfaite; j'attends les vôtres pour que nous partagions dans la paix sur ce sujet ô combien épineux !

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