Le président français Nicolas Sarkozy a entamé, mardi 6 novembre, sa première visite officielle aux États-Unis. Si le gouvernement américain se réjouit de sa venue, celle-ci ne fait pas l’unanimité en France et dans le monde arabe. Regard. Accompagné par de nombreux ministres, dont Bernard Kouchner (Affaires Etrangères), Christine Lagarde (Economie) et Rachida Dati (Justice), c’est dans un esprit amical et une ambiance chaleureuse que Nicolas Sarkozy s’est rendu à Washington, où il participera à de nombreuses réunions de travail avec son homologue américain, Georges W. Bush. Parmi les sujets qui y seront abordés figurent le nucléaire iranien, la lutte contre le changement climatique, le Kosovo, le processus de paix au Proche-Orient, la Birmanie ou encore la baisse du dollar par rapport à l’euro. Un emploi du temps chargé avait été prévu pour cette visite de deux jours. Mardi, Nicolas Sarkozy a ainsi rencontré des membres du Conseil du commerce franco-américain qui regroupe des grands chefs d’entreprise des deux pays, dans le but de favoriser des investissements réciproques. Il s’est également rendu à la Résidence de France pour y décorer 6 vétérans américains qui se sont engagés pour libérer la France pendant la Seconde Guerre Mondiale, et a ensuite rejoint Georges Bush à la Maison Blanche pour un dîner officiel. Bienvenue à la Maison Blanche", a déclaré, en français, le Président américain dès son arrivée. Au programme de ce mercredi : une rencontre avec les principales organisations juives américaines ainsi que la remise du prix ' Lumière de la Nation ' au président du Comité juif américain, Richard Sideman. Mais c’est surtout le discours du Président français devant le Congrès qui est attendu ce mercredi. Devant la 'joint session ', qui rassemble les élus de la Chambre des représentants et les sénateurs, Nicolas Sarkozy se placera devant les illustres tableaux de George Washington et du Marquis de Lafayette, qui ornent la plus grande salle du Congrès, afin d’adresser un message réconciliateur aux États-Unis. Nicolas Sarkozy sera ainsi le 8e politicien français à discourir dans cette salle depuis le Marquis de Lafayette en 1824. " L’objet de cette visite est de consacrer les retrouvailles entre la France et les États-Unis après la crise de 2003 ", a précisé le porte-parole de l’Elysée, David Martinon, dans un communiqué de presse du 2 novembre dernier. En effet, depuis l’opposition farouche de l’ancien président français, Jacques Chirac, à l’invasion de l’Irak en 2003, les relations s’étaient quelque peu rafraîchies. L’arrivée de Nicolas Sarkozy a donc été la bienvenue aux Etats-Unis, où beaucoup ont perçu l’élection de ce dernier comme un "grand bol d’air ". "Cette visite peut annoncer le début de nouvelles relations franco-américaines", soutient le professeur Kupchan, spécialiste des relations internationales à l’Université américaine de Georgetown. Cependant, si le gouvernement américain se flatte d’accueillir cet "ami des États-Unis", cette visite ne fait pas l’unanimité en France et dans le monde arabe. Marie-Noëlle Lienemann, députée européenne et ancienne ministre socialiste chargée du logement, estime ainsi que l’amitié entre Nicolas Sarkozy et George Bush est "absurde". "Je ne vois pas pourquoi la France devrait se rabaisser à obéir aux États-Unis", s’est-elle indignée. François Sergent, rédacteur en chef du journal Libération, considère ce voyage comme une façade, un "rapprochement cosmétique" cherchant à camoufler les profonds désaccords qui perdurent entre la France et les États-Unis, notamment sur la question iranienne. Si le gouvernement français soutient la mise en place de nouvelles sanctions contre ce pays, il est vrai qu’il s’oppose encore à toute intervention militaire. Cependant de telles divergences n’ont pas l’air d’inquiéter les États-Unis. " Je crois que la France est prête aujourd’hui à reconsidérer sa décision vis-à-vis de l’Iran, même s’il faut en venir à mener une action hors du Conseil de Sécurité de l’ONU", a indiqué un professeur Kupchan convaincu. Au sein du monde arabe, on critique ouvertement le renoncement affiché par Nicolas Sarkozy à la traditionnelle politique gaulliste de la France consistant à refuser tout alignement de la France sur les États-Unis. Selon Kharroubi Habib, journaliste au Quotidien d’Oran (Algérie) le président français n’a aucun scrupule à briser ce statu quo. Et même si Nicolas Sarkozy tente de rassurer les contestataires en affirmant qu’" être allié ne signifie pas s’aligner ", Kharroubi Habib soutient que cet alignement est bien en marche. Entre le tapis rouge américain et les huées franco-arabes, le président français devra donc user de tout son charme pour convaincre les plus récalcitrants. Rendez-vous après son discours, très attendu, devant le Congrès.