L'hypothermie peut tuer, l'arrêt cardiaque aussi. Mais dans certaines circonstances, les dommages que l'arrêt cardiaque cause au cerveau peuvent être atténués de façon importante si l'on a sous la main de la glace ou un appareil qui peut refroidir le corps. Cela s'appelle l'hypothermie thérapeutique.
La scène suivante aurait pu se dérouler n'importe où au Québec. En fin d'après-midi, un homme d'une cinquantaine d'années monte à bord d'un autobus. Après quelques pas dans l'allée, il s'effondre. Son coeur a cessé de battre. Il ne respire plus. Soupçonnant la nature du problème, le chauffeur d'autobus ne fait ni une ni deux, il engage son véhicule sur le boulevard qui conduit au centre hospitalier qui se trouve à quelques rues de là . Pendant ce temps, une passagère tente une réanimation cardio-pulmonaire.
Ce qui s'est ensuite passé aux urgences surprend. L'équipe médicale parvient, par défibrillation, à faire redémarrer le coeur et installe le malade, toujours inconscient, sur un lit recouvert de sacs de glace. À première vue, une curieuse pratique.
Ce n'est plus exceptionnel, l'hypothermie thérapeutique, en milieu hospitalier, fait maintenant partie du protocole des soins d'urgence. Déjà répandue, elle sera bientôt utilisée dans tous les hôpitaux du Québec.
Premiers usages: années 50
Étonnamment, les premiers usages de l'hypothermie thérapeutique remontent aux années 50. On avait alors constaté que les personnes dont l'arrêt cardiaque survenait alors qu'elles étaient en hypothermie, à la suite d'un séjour en eau glacée, récupéraient beaucoup plus vite, souvent de façon spectaculaire. Mais l'arrivée d'appareils technologiquement avancés a relégué cette technique et ses vertus aux oubliettes. On l'a littéralement mise... sur la glace.
Un demi-siècle plus tard, après s'être initiée à cette technique pendant deux ans, l'équipe de soins d'urgence de l'Institut de cardiologie de Montréal a maintenant recours à l'hypothermie thérapeutique de façon régulière. On y a même fait l'acquisition, au coût de plusieurs milliers de dollars, d'un appareil qui permet le refroidissement du corps du patient et qui facilite le maintien de l'hypothermie à la température voulue tout en permettant une surveillance adéquate des fluctuations.
La Dre Anique Ducharme, cardiologue et responsable du comité de réanimation de l'Institut de cardiologie de Montréal, explique le processus.
D'entrée de jeu, elle précise: «Ce ne sont pas tous les patients faisant un arrêt cardiaque qui peuvent tirer profit de l'hypothermie thérapeutique. Encore faut-il que l'arrêt cardiorespiratoire soit d'origine cardiaque. Si nous sommes en présence d'une personne qui vient de subir un accident vasculaire cérébral (AVC), il ne tirera aucun bénéfice de cette thérapie. À cela s'ajoute le fait qu'il faut que le redémarrage du coeur se fasse à l'intérieur d'une quinzaine de minutes environ, préférablement en cinq minutes et moins.»
Pour que l'hypothermie donne de bons résultats, il faut que le coeur ait redémarré. «Si l'arrêt cardiaque survient à la suite d'un infarctus, poursuit la Dre Anique Ducharme, on commence à refroidir le patient pour abaisser sa température à environ 34°C et nous le conduisons en salle d'angioplastie où l'on procédera au déblocage des artères à l'aide de ballonnets.
Si l'hypothermie thérapeutique est aujourd'hui utilisée par les cardiologues à l'urgence de beaucoup d'hôpitaux, ce n'est pas sans raison.
«Les résultats sont très encourageants, explique Anique Ducharme. Le New England Journal of Medecine a publié les conclusions d'une étude randomisée, c'est-à -dire au cours de laquelle les patients sont répartis de façon aléatoire dans le groupe témoin et le groupe expérimental.
«Pour 75 des 136 patients (55%) placés en hypothermie dans le groupe expérimental, la récupération des fonctions neurologiques a été favorable. Dans le groupe témoin, où les patients ont été traités à la température normale, cet impact neurologique favorable diminue nettement, il passe à 54 des 137 (39%). Une baisse de 25% du taux de mortalité ne peut en aucun cas être considérée comme négligeable. Sans oublier que 40% des survivants à un arrêt cardiaque qui ont bénéficié de l'hypothermie thérapeutique ne subiront pas de dommages cérébraux.»
Dérèglements chimiques
Lorsque le coeur cesse de battre et que la circulation sanguine est interrompue pendant plus de cinq minutes, il se produit, au moment de sa remise en marche, une série de dérèglements chimiques qui endommagent le cerveau. Jusqu'à tout récemment, on ne connaissait aucune thérapie efficace pour prévenir les dommages cérébraux qui apparaissent lorsque le coeur reprend du service.
Plusieurs études ont démontré qu'une hypothermie systémique à 30°C et qu'une autre moins sévère à 34°C avaient toutes deux un effet sensible sur les dommages au cerveau d'un chien en arrêt cardiaque. Le froid réduit les besoins du cerveau en oxygène. Mais on ne connaît pas le mécanisme par lequel le cerveau en tire profit. L'explication pourrait provenir du fait qu'un apport réduit d'oxygène au cerveau associé à d'autres phénomènes physiologiques qui surviennent après l'arrêt cardiaque ralentit le processus de détérioration des cellules du cerveau. Il est également possible que le froid retarde l'action destructive de certains enzymes. Pour faire image, certains chercheurs comparent le cerveau qui a survécu à un arrêt cardiaque à un pamplemousse que l'on met au frigidaire pour en ralentir le mûrissement.
CRISE CARDIAQUE OU ACV?
L'arrêt cardiaque peut être attribuable à une défectuosité électrique du coeur lui-même. L'hypothermie thérapeutique est alors indiquée. Si le coeur s'arrête à la suite d'un dérèglement qui se produit ailleurs dans l'organisme, donc qui n'a pas le coeur pour origine, on n'a pas recours à l'hypothermie thérapeutique. Quelques exemples.
Dérèglements du muscle cardiaque lui-même où l'hypothermie thérapeutique est indiquée:
La tachycardie ventriculaire (le coeur s'emballe et pompe beaucoup trop vite);
La fibrillation ventriculaire (les fibres du coeur se contractent rapidement et de manière désordonnée);
Brachycardie sévère (il y a ralentissement des battements du coeur à moins de 60 pulsations par minute).
La principale cause qui force le coeur à s'arrêter:
L'accident cérébral vasculaire (AVC). L'AVC est un infarctus (une lésion) cérébral causé par un caillot sanguin. On parle de thrombose lorsque le caillot se forme à l'intérieur d'une artère cérébrale.
On parle d'embolie lorsque le caillot se forme ailleurs (dans le coeur ou dans une des artères du cou, les carotides) et se rend dans le cerveau par la circulation sanguine.













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