De l’ancienne prostituée au chrétien évangélique, du chanteur de charme à l’ex-haltérophile, les élections législatives turques, prévues dimanche, ne manquent pas de candidats singuliers, apportant à la campagne son lot de rires et de larmes.
Les larmes coulent parfois sur les joues d’Ayse Tükrükçü quand elle raconte la tragique histoire de sa vie : un viol à l’âge de neuf ans, un père alcoolique et violent, la vie dans la rue, le bordel enfin, auquel elle dit avoir été « vendue » par son mari avec la complicité des autorités locales. Mme Tükrükçü, qui milite depuis 10 ans dans une association d’aide aux marginaux, s’est présentée avec une camarade d’infortune comme candidate indépendante à Istanbul, pour que « les femmes à qui on à volé la vie aient maintenant une voix ». « Si je suis élue, j’emmènerai toutes ces femmes au restaurant de l’Assemblée, déclare-t-elle. Nous avons assez souffert, il est temps pour nous de rire. »
Protestant évangélique, Habib Ekrem Celik a pour sa part décidé de se porter candidat après le meurtre de trois chrétiens, dont un de ses amis, en avril par un groupe de jeunes nationalistes à Malatya (Sud-Est). Inscrit à Istanbul, le quadragénaire veut lutter contre les préjugés qui obligent selon lui les chrétiens à taire leurs convictions dans une Turquie à la population de culture musulmane à plus de 99 %. « Devant notre église, les façades des immeubles sont couvertes de drapeaux turcs, pour nous intimider. Mais je suis turc, mon frère, moi aussi je respecte le drapeau turc », s’exclame-t-il.
Des causes à défendre, Nil Demirkazik en a testé plus d’une, avec plus ou moins de réussite. Cette diplômée de la Sorbonne aux tenues affriolantes a d’abord tenté, lors des législatives de 2002, de représenter le Parti de la justice et du développement (AKP), une formation issue de la mouvance islamiste qui a préféré la tenir à l’écart de ses listes. On l’a ensuite retrouvée à Bagdad en 2003, dans le rôle de bouclier humain avant l’invasion américaine, à Nicosie-Sud en 2005, dans celui de « négociatrice » avec le président chypriote-grec Tassos Papadopoulos d’une résolution du conflit chypriote. Le 22 juillet, ce sont les Kurdes qu’elle défendra à Diyarbakir (Sud-Est), même si le principal parti prokurde de Turquie, le DTP, lui a refusé son soutien. « Ils pensent qu’il faut être kurde et sorti de prison pour être élu à Diyarbakir, commente la candidate, qui mène sa campagne dans les villages à dos d’âne. Mais je reçois un grand soutien des gens. »
Dans la catégorie des visionnaires, les médias turcs ont repéré un récidiviste : Dursun Ali Bacioglu, vendeur de fruits et légumes, et Messie autoproclamé qui, après un « flop » – 67 voix – à Trabzon (Nord-Est) en 2002, se présente cette fois à Istanbul. Mais un nouveau venu risque de lui faire de l’ombre : Hasan Cetin, ingénieur en électronique, qui promet aux électeurs de Denizli (Ouest) de leur amener la mer, distante de 175 km, de délocaliser en Turquie le carnaval de Rio et d’empêcher la pluie de tomber les jours où ils lavent leurs voitures. Les chanteurs de charme ont eux aussi de sérieuses ambitions politiques, avec pour tête de file Ibrahim Tatlises, la voix d’or de l’arabesque tendance sirupeuse, originaire de Sanliurfa (Sud-Est), mais candidat d’Istanbul du parti Jeune (GP, populiste) et qui revendique le ministère de la Femme, suscitant des cris d’horreur des milieux féministes. Sa suprématie est contestée à Ankara par Namik Ugurlu, un roi de la chanson cochonne et un habitué de la rubrique des faits divers – en 2007 un accident de la route et deux arrestations pour possession de cocaïne et menaces.
La confrontation prend une dimension mythologique avec la candidature à Istanbul d’un « hercule de poche », le triple champion olympique d’haltérophilie Naïm Süleymanoglu, 1m47, et celle à Sivas (centre) d’un lutteur gréco-romain de légende, Hamza Yerlikaya, double médaillé d’or olympique.













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