ADDICTOLOGIE • Comme la grippe, la cocaïne a trouvé son vaccin
Un médicament capable de traiter définitivement la dépendance à la poudre blanche entre dans sa phase d’essais cliniques en Espagne.
Un toxicomane peut-il se libérer de sa dépendance si la drogue qu’il consomme ne lui fait plus aucun effet ? Un gros fumeur peut-il être vacciné contre son vice ? Pour répondre à ces questions, des laboratoires pharmaceutiques testent actuellement de nouveaux traitements qui bloquent dans le cerveau les sensations de plaisir que procurent la cocaïne et la nicotine, comme de véritables vaccins antidépendance. D’ici à la fin 2007, 150 Espagnols accros à la cocaïne vont tester l’efficacité de l’un d’entre eux.
Ce traitement antidépendance repose sur une thérapie immunologique. En temps normal, la nicotine et la cocaïne ne provoquent pas de réaction immunitaire, contrairement aux virus et aux bactéries. Le nouveau vaccin sera constitué d’une molécule très semblable à celle de la cocaïne, mais modifiée de façon à ce que le système immunitaire la reconnaisse comme une substance pathogène. Les anticorps générés adhéreront alors aux substances toxicomanogènes, et l’association de ces deux éléments générera un composé trop grand pour traverser la barrière hémato-encéphalique tissu qui empêche les substances de passer librement du sang au liquide céphalorachidien, protégeant ainsi le système nerveux central. Au final, les vaccins devraient réduire ou supprimer la sensation de plaisir associée à la consommation de drogue.
Les études menées sur la nicotine entreront dès 2008 dans la dernière phase d’essais cliniques, si bien que l’autorisation de mise sur le marché pourrait intervenir d’ici trois ou quatre ans. Avec un tel produit, les fumeurs disposeront d’un moyen supplémentaire d’arrêter de fumer, et l’on espère que ceux qui n’ont pas encore fumé pourront aussi se faire vacciner pour ne pas céder à la tentation. Le vaccin pourrait donc contribuer à prévenir la consommation chez les adolescents. On pense aussi qu’il évitera les rechutes d’anciens fumeurs et qu’il pourrait aider les femmes enceintes.
Le vaccin absorbe la drogue comme une éponge
En ce qui concerne la cocaïne, l’hôpital Ramón y Cajal de Madrid et l’hôpital Sant Pau de Barcelone sont les deux institutions qui utiliseront ces nouveaux traitements chez leurs patients. Les tests s’accompagneront d’un suivi psychologique, indispensable au succès de la thérapie. “Aucun traitement de la dépendance à la cocaïne ne fonctionne sans soutien psychologique”, rappelle José Pérez de los Cobos, psychiatre à l’hôpital Sant Pau et coordinateur des essais cliniques en Espagne. “C’est un impératif”, ajoute-t-il. Les patients devraient recevoir quatre doses de vaccin, une au début du traitement, et trois autres de rappel par la suite.
Pour participer à l’étude, les patients doivent s’être vu diagnostiquer une dépendance à la cocaïne, avec ou sans consommation d’alcool associée, et ne pas être dépendants d’opiacés comme l’héroïne. Quelle que soit la voie choisie pour consommer la cocaïne (en injection, fumée ou sniffée), la drogue arrive au cerveau à travers le sang. Le vaccin anticocaïne absorbe la drogue comme une éponge, interdisant ainsi son passage au système nerveux et empêchant son effet euphorisant. Le but est d’amener les toxicomanes, qui n’ont pas obtenu l’effet recherché, à se sevrer peu à peu. Toutefois, on ne sait toujours pas si l’on parviendra à annuler totalement les sensations que procure la drogue. Certaines études préliminaires ont montré que les résultats pouvaient être assez variables. “Chez certains toxicomanes, les effets disparaissent complètement, alors que chez d’autres, l’efficacité est moindre, confirme Pérez de los Cobos. Il semble qu’il existe une variabilité individuelle que nous vérifierons lors de l’étude. Chez certaines personnes, il faudra des doses plus fortes pour que le système immunitaire produise suffisamment d’anticorps.” L’étude permettra de déterminer si l’annulation des effets euphorisants de la cocaïne sera totale ou partielle à long terme.
Le nouveau traitement suscite de grands espoirs parmi les spécialistes des toxicomanies, bien qu’une étude analogue antérieure portant sur les héroïnomanes n’ait pas produit les résultats escomptés. En fait, la stratégie n’était pas la même et il ne s’agissait pas de déclencher une réaction immunitaire. Le traitement de désintoxication faisait appel à des implants sous-cutanés qui libéraient progressivement dans l’organisme de la Naltrexone, un produit qui supprime la dépendance physiologique. “Je crois beaucoup à ce nouveau vaccin, mais il ne faut pas perdre de vue que nous avons encore beaucoup de travail devant nous”, fait valoir la psychiatre Enriqueta Ochoa, de l’hôpital Ramón y Cajal. “Il nous faudra évaluer très précisément les effets secondaires et déterminer les doses les plus appropriées avant de le proposer comme traitement. Obtenir un vaccin totalement efficace demandera encore un certain temps”, conclut-elle. N. Ramírez de Castro ABC













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