L’inné et l’acquis entre dans la campagne
Journal International de Médecine du 11/04/2007
Paris, le mercredi 11 avril 2007 – Le temps des élites inaccessibles étant aujourd’hui révolu, les hommes politiques semblent aujourd’hui aspirer à démontrer à la population que leurs inquiétudes et leurs réflexions convergent dans le même sens que les leurs. Cette homogénéité entre la parole commune et les discours politiques serait un gage de l’abolissement des frontières entre le pouvoir et le peuple. Aussi, à l’heure où les promesses de la génétique sont à l’origine de toutes les peurs et de tous les fantasmes de la société qui n’hésite pas pour exprimer ses attentes et ses craintes à utiliser des concepts complexes échappant parfois à sa sagacité, la politique a également choisi d’évoquer ces sphères, en s’inscrivant dans le très vieux débat de l’inné et de l’acquis.
Mais dans le recours à l’argument génétique pour tenter d’expliquer des comportements dont l’étrangeté défie souvent la raison, l’homme politique n’aura pas cherché à dépasser une image d’Epinal de la science : en harmonie avec le peuple, il aura usé des mêmes schémas. C’est ainsi que dans le dernier numéro du magazine Philosophie, Nicolas Sarkozy considérait que la prédisposition à la pédophilie, mais aussi au suicide, était probablement inscrite dans les gènes. « Pour moi, on naît pédophile », affirmait le candidat UMP à la présidentielle, à l’occasion d’un entretien accordé à la revue.
La publication de « Philosophie » ne suscita pas immédiatement les réactions attendues de la classe politique et de la communauté scientifique. Ce n’est qu’à la faveur d’un éditorial publié par Libération que l’affirmation de Nicolas Sarkozy commença à être épinglée par ses concurrents. Dès les premières observations de François Bayrou, les considérations de l’ancien ministre de l’Intérieur étaient replacées au cœur du débat entre l’inné et l’acquis. Le candidat UDF estima en effet qu’il était impossible pour lui de se rallier à une idée qui « voudrait que tout soit joué d’avance ». A l’instar de cette première observation, il apparut que l’ensemble de la classe politique, telle Ségolène Royal pour le parti socialiste, rejetait l’idée d’un monde où la plupart des caractères de l’individu relèveraient de l’inné. Le spectre d’une « dérive eugénique » aura été clairement évoqué ; les concurrents de Nicolas Sarkozy eurent en effet à cœur d’imaginer les conséquences les plus dramatiques d’une telle vision de l’homme.
D’autres voix se firent également entendre : la communauté scientifique tenta d’apporter une lumière objective face à un débat qui aurait pu apparaître comme la seule confrontation de considérations politiques opposées. Le professeur Axel Kahn, dont la voix médiatique est de plus en plus souvent recueillie face à de telles problématiques, rappela que l’état actuel de la connaissance ne permettait en aucun cas d’estimer qu’il existe des prédispositions génétiques à la pédophilie ou au suicide. Mais ni le spectre de l’eugénisme brandi par ses concurrents, ni la parole assagie des scientifiques n’empêcha Nicolas Sarkozy, sur la base de son propre exemple, de réaffirmer, ce mardi 10 avril, « l’existence d’un terrain génétique » face à la pédophilie ou au suicide. A.H.
Nicolas Sarkozy adoucit encore ses propos sur la pédophilie
publié le jeudi 12 avril 2007
Nicolas Sarkozy revient jeudi dans Libération sur ses déclarations concernant la prédestination, en affirmant n’avoir "pas dit exactement" que la pédophilie était génétique.
"J’ai expliqué que tout ne dépendait pas de l’acquis, mais qu’une partie pouvait être de l’inné. Dans quelle proportion ? Je ne suis pas savant", déclare le candidat UMP à l’élection présidentielle.
"Par exemple, quand j’étais enfant, j’étais choqué parce que l’on expliquait, quand un enfant était homosexuel : `sa mère a eu tort, elle a dormi avec lui’. Quand un enfant était anorexique, on disait : `le père était absent’. Quand un enfant était autiste, on disait : `oh là ! les parents ont divorcé, cela a provoqué un choc’. Depuis, on sait que l’autisme, c’est génétique", poursuit M. Sarkozy.
Le candidat UMP "pense aussi que la sexualité est une identité". "Je suis né hétérosexuel. Je ne me suis jamais posé la question du choix de ma sexualité", dit M. Sarkozy, qui trouve "choquante" la position de l’Église catholique "consistant à dire `l’homosexualité est un péché’".
"On a l’identité qu’on a. De la même façon qu’il y a des gens qui ont tendance à grossir et d’autres pas, des chauves et des chevelus, des petits et des grands", poursuit le candidat UMP, qui cite aussi en exemple sa propre propension à avoir des migraines. "C’est totalement héréditaire. Ma mère était migraineuse, mes fils sont migraineux. Je crois que c’est un patrimoine génétique", affirme-t-il.
Dans le mensuel Philosophie Magazine, le président de l’UMP évoque la question de la pédophilie en expliquant qu’il "inclinerait à penser qu’on naît pédophile, et c’est d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie". Il estime aussi que les jeunes gens qui se suicident ne le font pas "parce que leurs parents s’en sont mal occupés" mais plutôt "parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable". Ces propos ont provoqué des réactions vives au sein de la classe politique, qui ont conduit M. Sarkozy à nuancer.
Presse Canadienne













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