
Nestorius
NDLR : Quelques pages extraites du livre de H. Broadbent "L'Eglise ignorée" (à lire gratuitement en ligne), sur l'histoire méconnue de l'église en Iran. Le Nestorianisme fut qualifié "d'hérétique" par l'église officielle, ce qui équivaut bien souvent à un aveu des puissances infernales: "vous n'êtes pas des nôtres!". Quand vous entendez dire beaucoup de mal d'un mouvement ou d'une personne, cela peut parfois signifier bien des choses...
1. Les conquêtes de l'Evangile en Orient
Conduits à Bethléem par l'étoile, «des mages d'Orient» adorèrent l'Enfant, né «roi des Juifs». Ils lui «offrirent en présent de l'or', de l'encens et de la myrrhe», puis «ils regagnèrent leur pays» (Matth. 2) où, sans doute, ils racontèrent ce qu'ils avaient vu et entendu. Parmi la multitude assemblée à Jérusalem, le jour de la Pentecôte, se trouvaient «des Parthes, des Mèdes, des Elamites et ceux qui habitent la Mésopotamie». Ils furent témoins de l'effusion du St-Esprit et des miracles qui l'accompagnèrent. Ils entendirent Pierre prêcher: «Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié» (Actes 2). C'est par eux que l'Evangile fut apporté, dès les premiers jours, aux synagogues de l'Orient.
Eusèbe, rapportant les événements qui prirent place au deuxième siècle (32), nous apprend que beaucoup de disciples, «dont les âmes étaient enflammées par la Parole divine et par un ardent désir de sagesse, observèrent d'abord le commandement de notre Sauveur en distribuant leurs biens aux pauvres. Ils voyageaient ensuite au loin pour prêcher l'Evangile à ceux qui n'avaient jamais entendu la parole de la foi, car ils ambitionnaient par-dessus tout de prêcher Christ et de faire connaître les divins Evangiles. Après avoir seulement posé les fondements de la foi dans des régions barbares et reculées, ils formaient des pasteurs et leur remettaient le soin des âmes qu'ils avaient amenées à la foi et s'en allaient en d'autres lieux.» Des églises furent ainsi fondées et les évangélistes poursuivirent leur oeuvre, non seulement dans le vaste empire romain, mais encore dans les limites du grand empire voisin, la Perse, et au delà . «Cette nouvelle puissance - dit un écrivain du troisième siècle - qui émane des oeuvres accomplies par le Seigneur et ses apôtres, a dompté la flamme des passions humaines et amené à la cordiale acceptation d'une même foi une grande variété de races et de nations, aux moeurs très différentes. Car nous pouvons enregistrer des faits accomplis en Inde, parmi les Sères (ou Chinois), les Perses et les Mèdes, en Arabie, en Egypte, en Asie et en Syrie; parmi les Galates, les Parthes et les Phrygiens; en Achaïe, en Macédoine et en Epire; dans toutes les îles et provinces sur lesquelles se lève et se couche le soleil.»
Les églises qui se répandirent si rapidement en Syrie et dans l'empire perse furent préservées de bon nombre d'influences que connurent les églises occidentales du fait des différences de langues et de circonstances politiques. L'araméen se parlait en Palestine et à Palmyre. Il était aussi employé comme langue commerciale dans toute la vallée de l'Euphrate; et la méfiance jalouse qui régnait entre les empires romain et perse était une muraille efficace pour empêcher toutes relations.
2. Le christianisme en Perse
Les églises orientales conservèrent plus longtemps que celles de l'Occident leur caractère de simplicité scripturaire (33). Même au troisième siècle, elles n'étaient pas encore organisées en un système unique et le pays n'était pas divisé en diocèses. Il y avait parfois plusieurs évêques pour une même église, et les chrétiens s'employaient activement et avec succès à porter leur témoignage dans des régions toujours nouvelles.
Vers le début du quatrième siècle, Papa ben Aggai proposa un plan de fédération de toutes les églises de Perse, y compris celles de la Syrie et de la Mésopotamie, sous la conduite de l'évêque de la capitale, Séleucie - Ctésiphon, où il résidait lui-même. On résista vigoureusement à cette proposition. Mais l'évêque insista tant et si bien qu'il finit par être appelé le Catholikos, et, en 498, le titre de Patriarche de l'Orient fut adopté.
La religion dominante de la Perse dérivait de celle qu'avait introduite Zoroastre huit siècles avant Jésus-Christ. En son temps, il avait protesté contre l'idolâtrie et l'impiété, enseignant qu'il n'y avait qu'un Dieu, le Créateur, plein de bonté, et que Lui seul devait être adoré. Zoroastre n'imposait pas sa religion par la force, il croyait que la vérité de son enseignement triompherait. Il employait le feu et la lumière pour représenter les oeuvres de Dieu, mais les ténèbres et le charbon de bois pour illustrer les puissances du mal. Il croyait que Dieu produisait ce qui est bon et résumait la conduite en ces termes: «Accomplis de bonnes actions et abstiens-toi des mauvaises.» Du sixième au troisième siècle avant Christ, l'enseignement de Zoroastre prévalut parmi les Persans, puis il connut le déclin et fut renouvelé par la dynastie sassanide, celle qui régnait à l'époque dont nous parlons ici.
Quand Constantin fit du christianisme la religion d'Etat de l'empire romain, les rois persans commencèrent à suspecter ceux que l'on nommait Nazaréens, dans leur pays, d'être en sympathie avec l'empire rival qu'ils haïssaient et redoutaient. Durant le long règne du roi persan Sapor II, ce soupçon se transforma en une violente persécution qui fut attisée par les mages ou prêtres zoroastriens, oublieux et des principes de leur fondateur et du témoignage de leurs prédécesseurs conduits par l'étoile de Bethléem. Cette persécution dura quarante ans, période durant laquelle les chrétiens souffrirent tous les tourments imaginables. On suppose qu'environ seize mille d'entre eux furent mis à mort, et que d'innombrables confesseurs du Christ eurent à subir des pertes et des angoisses indescriptibles. Par leur patience et par leur foi, les églises persanes sortirent victorieuses de cette longue et redoutable épreuve, et, après une génération de souffrances (339-379), elles jouirent à nouveau d'une grande liberté religieuse.
De cette époque, il nous est parvenu les Homélies d'Afrahat, le «Sage persan» (34). Ces «Homélies» renferment un exposé de doctrine et de morale, démontrant aussi combien réelle était la séparation entre l'empire romain et les autres pays. En effet, l'auteur n'y mentionne même pas le concile de Nicée, ni les noms d'Arius et d'Athanase, bien qu'écrivant à l'époque où les églises occidentales étaient violemment agitées par ces conflits de doctrine. La première homélie traite de la foi. En voici un extrait: «La foi, c'est quand un homme croit que Dieu est l'Auteur de toutes choses, Celui qui créa les cieux, la terre, la mer, et tout ce qui s'y trouve, qui forma Adam à son image, qui donna la loi à Moïse, qui envoya son Esprit sur les prophètes et qui, de plus, envoya son Messie dans le monde. Cet homme doit croire aussi à la résurrection des morts et au mystère du baptême. Telle est la foi de l'Eglise de Dieu. Puis il faut cesser d'observer les heures, les sabbats, les mois et les saisons. Rejeter les enchantements, la divination, le chaldéisme, la magie, ainsi que la fornication, les orgies et toute vaine doctrine, qui sont les armes du Malin. S'abstenir de la flatterie, des paroles mielleuses, du blasphème et de l'adultère. Se garder enfin du faux témoignage et de l'hypocrisie. Telles sont les oeuvres de la foi bâtie sur le vrai Roc, le Messie, sur qui s'élève tout l'édifice.»
Afrahat condamne les enseignements de Marcion et de Mani. Il mentionne qu'il y a beaucoup de choses que nous ne pouvons comprendre. Il reconnaît le mystère de la Trinité, mais déplore les questions curieuses. Il écrit: «Qu'y a-t-il au-dessus des cieux, qui peut le dire? Et sous la terre, que trouve-t-on? Nul ne le sait. Le firmament, sur quoi est-il étendu? Les cieux, comment sont-ils suspendus? La terre, sur quoi repose-t-elle? Et l'océan, qu'est-ce qui le fixe?
Nous sommes fils d'Adam et, ici-bas, nous percevons bien peu à l'aide de nos sens. Mais nous savons ceci: Dieu est Un, son Messie est Un et l'Esprit est Un. Il y a une foi et un baptême. Ce que nous dirions de plus ne nous servirait à rien; nous resterions au-dessous de la vérité. Et si nous cherchions à comprendre, ce serait encore vain.» En étudiant les prophéties, Afrahat arriva à la conclusion que les attaques de la Perse contre l'empire romain ne pouvaient réussir.
La persécution des chrétiens en Perse, quand le christianisme était déjà devenu la religion d'Etat des Romains, amena des relations très tendues entre les deux empires, et lorsqu'en 399, Yezdegerd 1er monta sur le trône persan, l'empereur romain lui envoya l'évêque Maruta pour plaider en faveur des croyants. Maruta fut un habile diplomate et, en collaboration avec Isaak qui avait été établi Métropolitain-Primat de Séleucie-Ctésiphon, il obtint du roi persan la permission de convoquer un synode à Séleucie (410), afin de réorganiser l'Eglise persane, grandement diminuée par la persécution. A ce synode, deux fonctionnaires royaux présentèrent Isaak comme «Chef des chrétiens» (35).
Les évêques occidentaux avaient remis à Maruta une lettre qui fut traduite du grec en persan et présentée au roi. Celui-ci l'approuva et ordonna qu'elle fût lue devant les évêques assemblés. Les réclamations qui y étaient renfermées rencontrèrent l'approbation générale. Après la grande tribulation qu'ils venaient de traverser, les chrétiens persans étaient disposés à faire des concessions à ceux qui leur apportaient la paix. Le compte rendu du synode nous apprend «qu'il se tint la onzième année de Yezdegerd, le grand roi victorieux, après que les églises du Seigneur eurent trouvé la paix, le souverain ayant donné aux assemblées de Christ la liberté de glorifier Christ hardiment dans leur corps, soit dans la vie, soit dans la mort, et après qu'il eût dispersé les nuages de la persécution qui pesaient sur toutes les églises de Dieu, sur tous les troupeaux de Christ.» Il avait ordonné que, dans tout le royaume, les temples détruits par ses ancêtres fussent magnifiquement restaurés, que les autels fussent relevés et remis en usage et que ceux qui avaient enduré des coups ou la prison pour l'amour de Dieu fussent libérés. «Ceci se passa à l'occasion de l'élection de notre honorable Père devant Dieu, Mar Isaak, évêque de Séleucie et chef de tous les évêques orientaux. Il était digne de cette grâce accordée par Dieu, lui dont la présence et le gouvernement ouvrirent à l'Eglise de Dieu la porte de la paix, lui qui dépassa en humilité et en honorabilité tous les évêques orientaux qui le précédèrent... et par le messager de paix que Dieu, dans sa miséricorde, envoya en Orient, Mar Maruta, Père sage et honorable, qui procura la paix et l'unité entre l'Orient et l'Occident. Il s'efforça d'édifier les églises de Christ, pour que les pieuses lois et les justes canons établis en Occident par nos honorables évêques fussent adoptés en Orient, pour l'édification de la vérité et de tout le peuple de Dieu. Par les soins de divers évêques des pays romains bien que corporellement éloignés de nous, toutes les églises et assemblées de l'Orient reçurent des dons d'amour et de compassion.»
Il y eut une joie sincère pour cette délivrance de l'oppression et des actions de grâces montèrent à Dieu pour son intervention miséricordieuse. On pria aussi pour que le roi vécût longtemps et à jamais. Il est dit qu'à ce moment glorieux du Synode, les âmes des participants se sentirent comme transportées devant le trône de la gloire de Christ. «Nous, quarante évêques, venus de lieux divers, écoutèrent avec grande attention la lecture de la lettre des évêques d'Occident.» Elle constatait qu'il n'était pas nécessaire d'avoir deux ou trois évêques en un même lieu et qu'un seul devait suffire par ville et par district. La nomination d'un évêque devait dépendre de trois évêques au minimum, agissant au nom du métropolitain. Les dates des fêtes étaient fixées. Lecture fut faite de tous les articles du Concile de Nicée, au temps de Constantin, et les participants les signèrent. Mar Isaak déclara: «Quiconque n'approuve pas et n'accepte pas ces lois excellentes et admirables, qu'il soit maudit par le peuple de Dieu et dépourvu de toute autorité dans l'Eglise de Christ.» «Nous tous évêques, est-il encore dit, avons confirmé cette déclaration par un Amen et avons répété ses paroles.» Mar Maruta dit alors: «Toutes ces explications lois et canons seront écrits, puis nous les signerons et les confirmerons par une alliance éternelle.» Mar Isaak déclara «Je signe en tête de tous.» Ensuite tous les évêques promirent après lui: «Nous aussi acceptons tout avec joie et confirmons par nos signatures l'écrit ci-dessus.»
Après avoir présenté cette déclaration au roi, Isaak et Maruta s'adressèrent encore aux évêques en ces termes. «Autrefois vous étiez dans l'angoisse et agissiez en secret; mais maintenant le grand roi vous a accordé la paix. Et comme Isaak avait la faveur du grand roi, il plut à ce dernier de l'instituer chef de tous les chrétiens de l'Orient. Spécialement depuis l'arrivée de l'évêque Maruta, la faveur du grand roi nous a procuré paix et sécurité.» On établit ensuite des règles pour la nomination des chefs à venir - par Isaak et Maruta ou leurs successeurs - avec l'approbation du souverain régnant. Parlant du chef, Maruta, il fut encore dit: «Personne ne s'élèvera contre lui. Si quelqu'un se révolte contre lui, s'oppose à sa volonté, nous devons en être informés. Nous en référerons alors au grand roi et c'est lui qui jugera le coupable, quel qu'il soit.» En terminant, Isaak et Maruta dirent que toutes ces choses devaient être couchées par écrit, tout ce qui était utile pour le service de l'Eglise catholique. Ceci fut joyeusement accepté et il fut convenu que quiconque s'élèverait contre ces ordonnances serait définitivement exclu de l'Eglise de Christ, que sa blessure ne pourrait être guérie et que le roi le punirait avec grande sévérité.
Beaucoup d'autres ordonnances furent décrétées, telles que les prêtres seraient désormais célibataires. Les évêques retentis loin du Synode par la distance seraient liés par l'accord conclu. Quelques évêques qui, dès le début, avaient résisté à Isaak, furent condamnés comme rebelles. Les réunions dans des maisons privées furent interdites. Les limites des paroisses furent fixées, avec une église pour chacune.
L'Orient et l'Occident furent ainsi unis et des évêques, envoyés en diverses localités pour mettre fin à toutes les différences. Il ne devait plus y avoir ni partis, ni divisions.
La mort d'Isaak révéla la fragilité de cette entente qui ne reposait que sur la volonté du roi. Un grand nombre de nobles s'étant joints aux églises, la jalousie des mages en fut excitée, et le roi, fidèle à son ancienne religion, fut influencé par ses prêtres. Isaak n'était plus là pour intervenir, et quand quelques prêtres chrétiens, trop pénétrés de l'importance de leurs nouvelles positions officielles, défièrent le roi en face, celui-ci, vexé de cette opposition, en fit exécuter plusieurs sur-le-champ. A la mort du souverain, ses successeurs, Yezdegerd II et Bahram V, déchaînèrent une persécution générale et rigoureuse.
3. Nestorius
Entre-temps, certains événements en Occident préparaient un changement gros de conséquences pour les églises syrienne et persane.
En 428, Nestorius (36), prédicateur à Antioche, né au pied du Mont Taurus, en Syrie, fut nommé, par l'empereur byzantin Théodose II, évêque de Constantinople. Sa grande éloquence et son énergie donnaient encore plus d'éclat à sa haute position. Il avait été influencé par l'enseignement de Théodore de Mopsuestia qui, résistant à la tendance croissante de faire de la Vierge Marie un objet d'adoration, avait insisté sur l'impropriété du ferme «Mère de Dieu». L'enseignement de Théodore n'avait pas été généralement condamné. Toutefois, quand Nestorius l'adopta, il se heurta au désir populaire d'exalter Marie et fut accusé de nier la vraie divinité du Seigneur. La rivalité, existant entre les épiscopats d'Alexandrie et de Constantinople et entre les écoles d'Alexandrie et d'Antioche, incita Cyrille, évêque d'Alexandrie, à profiter de cette occasion pour attaquer Nestorius. Un concile se réunit à Ephèse. Entièrement dominé par Cyrille, il n'attendit pas l'arrivée des évêques favorables à Nestorius, et condamna ce dernier. Une querelle amère s'engagea alors, et, par amour de la paix, l'empereur, qui avait d'abord refusé de confirmer la décision du concile, finit par déposer et exiler Nestorius. Celui-ci passa le reste de ses jours dans la pauvreté et les dangers, échangeant son activité et sa popularité contre une vie d'indigence et d'isolement dans une oasis du désert égyptien.
Il n'enseigna jamais la doctrine en question et son exclusion, causée soi-disant par ses vues erronées, fut simplement le résultat de la jalousie personnelle de son collègue Cyrille. Un grand nombre d'évêques, ayant protesté contre le jugement prononcé sur Nestorius, furent finalement expulsés et se réfugièrent en Perse, où on les reçut fort bien. L'arrivée de tant d'hommes capables et expérimentés ne pouvait qu'aider au réveil des églises et donner un nouvel élan à l'extension du christianisme dans les régions lointaines. Toutes les églises orientales furent dès lors appelées nestoriennes - bien qu'elles protestassent contre cette étiquette - et furent regardées comme s'attachant à une doctrine que ni elles ni Nestorius ne professaient. Elles différaient des églises byzantine et romaine et leur étaient même opposées. L'un des leurs écrivait: «Elles sont injustement et injurieusement appelées nestoriennes, puisque Nestorius ne fui jamais leur patriarche; car ces églises ne comprennent même pas la langue dans laquelle il écrivit. Mais, lorsqu'elles apprirent comment il défendait la vérité orthodoxe des deux natures et des deux personnalités du seul Fils de Dieu et du seul Christ, elles confirmèrent son témoignage, ayant elles-mêmes une même conviction sur ce point. La vérité est plutôt que Nestorius suivit ces églises et non pas qu'il les conduisit.»
Durant son exil, Nestorius écrivit un exposé de sa foi (37) ci ce qui suit est tiré du «Bazar d'Héraclide», titre donné au livre pour en empêcher la destruction.
Ecrivant sur l'obéissance de Christ, il dit: «Il prit donc la forme d'un serviteur, une humble forme' qui avait perdu la ressemblance avec Dieu. Il ne prit ni l'honneur et la gloire, ni l'adoration, ni même l'autorité, bien qu'Il fût Fils. La forme d'un serviteur agissait avec obéissance en la personne du Fils, selon le plan de Dieu, ayant fait sienne la pensée de Dieu et renonçant à la sienne propre. Il ne fit rien de ce qu'Il désirait, mais seulement ce que désirait Dieu, la Parole. Car c'est ce que signifie «en forme de Dieu», que la forme du serviteur ne pouvait avoir une pensée ou une volonté qui lui soient propres, mais accomplir la volonté de Celui dont il est la personne et la forme. C'est pourquoi la forme de Dieu prit la forme d'un serviteur et ne recula devant rien de ce qui fait de cette forme de serviteur une humiliation. Il accepta tout afin que la forme divine pût être en tous.
» Il prit cette forme afin d'enlever la culpabilité du premier homme et de lui rendre cette image originelle qu'il avait perdue. Il convenait qu'Il prît sur Lui ce qui avait entraîné la culpabilité, ce qui était assujetti et asservi, ainsi que le déshonneur et la disgrâce s'attachant à la culpabilité, car en dehors de Sa personne, il n'y avait plus rien de divin, d'honorable ou d'indépendant... Quand un homme est sauvé de toutes les causes qui ont produit la désobéissance, on peut vraiment le considérer comme étant sans péché. C'est pourquoi Il prit la nature humaine; car, s'Il avait pris une nature incapable de péché, on aurait pu croire que c'était par sa nature qu'Il ne pouvait pécher, et non par son obéissance...
» ... Il ne chercha pas non plus à obéir dans les choses qui peuvent procurer l'honneur, la puissance ou la renommée, mais dans celles qui sont pauvres, méprisables, faibles et insignifiantes, - aptes plutôt à Le détourner du chemin de l'obéissance, - dans des choses qui ne peuvent inciter à l'obéissance, mais plutôt au relâchement et à la négligence. Il ne reçut aucune espèce d'encouragement. En Lui seul Il trouva le désir d'obéir à Dieu et d'aimer sa volonté. Donc tout appui extérieur lui manquait. Mais bien qu'attiré nettement par des choses contraires à la pensée de Dieu, Il ne s'en écarta en rien, lors même que Satan employa tous les moyens possibles pour L'en faire sortir. Et le Diable s'y appliqua d'autant plus qu'il vit que Christ ne recherchait rien pour Lui-même; Car, au début, Il ne fit aucun miracle et ne parut pas avoir mission d'enseigner. Il se contenta d'être soumis et de garder tous les commandements. Il fut en contact avec des hommes de toute condition et eut affaire avec tous les commandements. Il avait donc la possibilité de désobéir, mais Il se conduisit toujours virilement et n'employa pour sa subsistance rien de spécial ou de différent des moyens habituels, se contentant d'agir en ceci comme les autres. Autrement on eût pu supposer qu'Il était préservé du péché par une aide extérieure et n'aurait pu y échapper sans cette assistance. Il observa donc tous les commandements en mangeant et en buvant. Ainsi à travers la fatigue et la sueur, Il resta ferme dans son propos, sa volonté étant fixée sur celle de Dieu. Et rien ne réussit à l'en faire sortir, ou à l'en séparer, car Il ne vivait point pour Lui-même, mais pour Celui à qui sa Personne appartenait. Cette personne Il la conserva sans tache, ni ride, et c'est ainsi qu'Il donna la victoire à la nature humaine.»
Après avoir parlé du baptême et de la tentation de Christ, puis de sa mission de prêcher le salut, Nestorius continue:
«Par la mort, Dieu n'a pas voulu accomplir la destruction de l'homme; Il l'a amené à la repentance et l'a secouru ... » L'auteur montre ensuite que le plan de Satan était de conduire l'homme une deuxième fois à la destruction finale, cette fois en le persuadant de mettre Christ à mort - et il poursuit: « Christ mourut pour nous, hommes égarés, plaçant la mort au centre parce qu'il fallait qu'elle fût détruite. Il ne recula même pas devant le fait que Lui-même devait se soumettre à la mort pour obtenir l'espérance de l'anéantissement de cette mort... C'est dans cette espérance qu'Il accepta l'obéissance dans un immense amour - non pas en expiation de sa propre culpabilité - car ce fui pour nous qu'Il subit la condamnation. Ce fut pour tous les hommes qu'Il remporta la victoire. Car de même qu'en Adam nous avons tous été constitués coupables, en sa victoire, la victoire nous est acquise.»
4. Missions nestoriennes
Quand les églises orientales, en dehors de l'empire romain, furent stigmatisées de «nestorianisme» et déclarées hérétiques, les chefs politiques persans comprirent qu'elles n'étaient plus en danger de s'allier à Constantinople ou à Rome. Elles jouirent alors d'une liberté plus grande que jamais auparavant. A, ceci vint s'ajouter l'élan donné aux églises par les exilés de l'Occident réfugiés en Perse. Il en résulta un redoublement de zèle et d'énergie pour annoncer l'Evangile aux païens, autour d'eux et au loin. Mais aussi la tendance à placer les églises sous une même direction s'affirma de plus en plus. Non seulement de nombreuses congrégations furent fondées, mais on créa des diocèses nouveaux et les évêques qui y furent nommés prirent la charge des nouvelles églises et les maintinrent en contact avec l'organisation centrale. L'amour pour le Seigneur et la compassion pour les païens poussèrent les messagers de l'Evangile vers les régions les plus reculées. Ils accomplirent des voyages extraordinaires et leur parole fut accompagnée de la puissance salvatrice du St-Esprit. Mais, en même temps, il faut reconnaître que le désir de centralisation conduisit insensiblement les nouvelles églises à s'éloigner - comme l'avait fait le centre - des enseignements scripturaires. Il y eut là , dès le début, une cause de faiblesse, qui devait porter ses fruits plus tard.
Tant d'âmes se tournèrent vers le Seigneur que des diocèses furent formés à Merv, Hérat et à Samarcande; en Chine même et ailleurs. On a trouvé près de Madras et à Kattayam, dans le Travancore des tablettes portant des inscriptions du septième ou huitième siècle, dont voici l'une: «C'est du châtiment de la Croix que Celui-ci souffrit. Il est le vrai Christ, le seul Dieu et le Guide à jamais pur.» Les églises abondaient en différentes parties de l'Inde. Au huitième siècle, un certain David fut nommé métropolitain des diocèses de la Chine. Une liste datant du neuvième siècle mentionne les métropolitains de l'Inde, de la Perse, de Merv, de la Syrie, de l'Arabie, de Hérat et de Samarcande. Mention est faite d'autres évêques qui, à cause de leur grand éloignement du centre, sont dispensés d'assister aux synodes quadriennaux, priés d'envoyer des rapports tous les six ans et de ne pas négliger la collecte pour le maintien du patriarcat.
Ces ardents missionnaires visitaient toutes les parties du continent asiatique. Des évêchés furent établis à Kambaluk (Pékin), Kashgar et Ceylan. Ils pénétrèrent aussi en Cartarie et en Arabie. Leurs églises finirent par englober la majeure partie de la population de la Syrie, de l'Irak, de la la province de Khorassan, de certains districts entourant la mer Caspienne et de quelques tribus mongoles. Les Ecritures furent traduites en plusieurs langues. Un rapport du neuvième ou dixième siècle mentionne la traduction du N. Testament en sogdianais, langue indo-iranienne. Près de Singan-Fou (38), on a découvert une dalle datant du règne de Te-Tsung (780-783) et portant une longue inscription en syriaque et en chinois. En haut se trouvent une croix et ces mots: «Monument rappelant l'introduction et la propagation de la noble loi de Ta-Ts'in dans le Royaume du Milieu». On y relate, entre autres, l'arrivée d'Olopun, missionnaire venant de l'empire de Ta-Ts'in (635), apportant des livres sacrés et des images; puis la traduction de ces livres et l'approbation donnée par l'autorité impériale, ainsi que la permission de prêcher publiquement cette doctrine. L'inscription mentionne encore la diffusion de ce nouvel enseignement. Plus fard, cependant, le bouddhisme fit davantage de progrès, mais sous le règne de Hiuan-Tsung (713-755), un nouveau missionnaire, Kiho, arriva et ce fut le réveil de l'Eglise.
La mention des images montre que l'on s'était déjà éloigné de la pureté primitive de l'Evangile et ce déclin pré. para la vole aux triomphes ultérieurs de l'islamisme. En outre, l'accroissement numérique des Nestoriens, ou Chaldéens, correspondit à un affaiblissement de leur caractère moral et de leur témoignage. Vers l'an 845, l'empereur chinois Wou-Tsoung ferma plusieurs maisons religieuses, chrétiennes et bouddhistes, et obligea leurs nombreux occupants à retourner à la vie normale, séculière, voulant qu'ils rejoignissent les rangs de ceux qui payaient la taxe foncière et reprissent leurs places dans leurs cercles de famille respectifs. Les étrangers durent rentrer dans leur pays natal.
Lorsque la grande invasion mahométane balaya la Perse, un grand nombre de chrétiens chaldéens, ou nestoriens furent, ou dispersés ou absorbés par l'Islam, spécialement en Arabie et au sud de la Perse. Puis, lorsque l'ordre fut rétabli, sous la dynastie des califes abbassides, à Bagdad, des chrétiens syriens occupèrent à la cour des positions éminentes comme docteurs et comme maîtres de philosophie, de science et de littérature. En 762, le Catholikos se transporta de Séleucie, qui était en ruines, à Bagdad, la nouvelle capitale des conquérants.
Genghis Khan et ses immenses conquêtes, amenant, en 1258, la prise de Bagdad par les Mongols, ne semblent pas avoir grandement troublé l'Eglise syrienne. Les chefs mongols païens étaient tolérants. Ils se servirent des Nestoriens pour des négociations politiques avec les puissances occidentales, dans le but de s'unir à elles pour détruire l'Islam. Un actif agent de ces négociations fut Yabh-Alaba llI, nestorien chinois d'humble extraction, qui était devenu le Catholikos de l'Eglise syrienne (1281-1317).
Du septième au treizième siècle, l'Eglise syrienne fut aussi importante en Orient que les Eglises romaine et grecque en Occident. Elle couvrait de vastes territoires et renfermait des populations considérables. Les Eglises de Perse et de Syrie s'étaient ramifiées au loin et possédaient, en Inde et en Chine, de nombreuses et florissantes missions. La majorité des peuples du Turkestan et leurs chefs avaient accepté le christianisme et, dans les principaux centres asiatiques, on voyait l'église chrétienne voisinant avec le temple païen et la mosquée mahométane.
Deux cimetières ont été découverts dans les environs du lac salé chaud d'Yssik-Koul, situé dans les hautes montagnes du Turkestan russe (39). Des centaines de pierres tombales prouvent par leurs croix et leurs inscriptions qu'il s'agit de tombes nestoriennes. Elles datent de la période du milieu du treizième au milieu du quatorzième siècle. Les noms de la plupart des chrétiens enterrés là indiquent qu'ils étaient de race tartare, alors comme aujourd'hui, dominante dans le pays. Les inscriptions sont en syriaque et en turc. Parmi les nombreux noms indigènes se trouvent aussi ceux de quelques chrétiens étrangers; une Chinoise, un Mongol, un Indien, un Ouigour - prouvant ainsi que les croyants des diverses contrées de l'Asie centrale entretenaient des relations. Quelques inscriptions mentionnent, soit l'érudition et les dons des défunts, soit leur service dévoué envers les églises. Souvent le nom est suivi du terme «croyant»; on y trouve aussi des expressions d'affection et d'espérance. Voici quelques-unes de ces inscriptions: «Ceci est le tombeau de Pasak. Le but de la vie est Jésus, notre Rédempteur.» - «Ci-gît la charmante jeune Julia.» - «Ci-gît le prêtre et général Zouma, bienheureux vieillard, émir fameux, fils du général Giwargis. Puisse le Seigneur unir son esprit aux esprits des pères et des saints dans l'éternité.» - «Ci-gît un humble croyant, Pag-Mangkou, visiteur ecclésiastique de district.- - «Ci-gît Shliha, maître et commentateur célèbre, qui était la lumière de tous les monastères; fils de Pierre, l'auguste commentateur de la sagesse. Sa voix retentissait comme le son de la trompette.. Puisse notre Seigneur joindre son âme pure à celle des justes et des pères. Puisse-t-il participer à toutes les joies célestes.» - «Ci-gît le prêtre Take, très zélé pour l'église.»
Les missionnaires nestoriens et ceux de l'Islam rivalisèrent pour obtenir la faveur des khans mongols. Dans cette lutte l'Islam l'emporta et le christianisme syrien commença à décliner. Au début du quinzième siècle, Timour, ou TamerIan, avait déjà établi son empire, avec Samarcande pour centre. Bien qu'étant mahométan, il saccagea Bagdad et se signala par des dévastations sans pareilles, au point que de grandes régions asiatiques ne s'en relevèrent jamais. Le christianisme diminua alors rapidement en Asie occidentale.
5. Les causes du déclin des églises nestoriennes
Lorsqu'au cours de leurs pénibles voyages les missionnaires jésuites et franciscains (40) du seizième siècle et des siècles suivants réalisèrent que le pays perdu du Cathay n'était autre que la Chine récemment découverte, ils y trouvèrent de nombreux chrétiens syriens. Jean de Monte-Corvino, missionnaire franciscain qui mourut en Chine en 1328, écrivait: «Je partis de Tauris, ville persane, en l'an du Seigneur 1291 et me rendis dans l'Inde... J'y passai treize mois et baptisai, en divers lieux de cette région, environ cent personnes... je poursuivis mon voyage pour arriver dans le Cathay, royaume de l'empereur des Tartares, appelé le Grand Khan. je lui présentai une lettre de notre seigneur, le pape, et l'invitai à adopter la foi catholique de notre Seigneur Jésus-Christ, mais il avait vieilli dans l'idolâtrie. Cependant il témoigne beaucoup de bonté aux chrétiens et voici deux ans que j'habite chez lui. Les Nestoriens, qui se donnent le nom de chrétiens, mais se sont tristement écartés de la religion chrétienne, sont devenus si puissants dans cette région qu'ils ne permettent pas à un chrétien de rite différent d'élever la plus petite chapelle ou de proclamer une autre doctrine que la leur.»
Ecrivant vers 1330, l'archevêque de Soltanie mentionne Jean de Monte-Corvino: «C'était un homme à la conduite droite, agréable à Dieu et aux hommes... Il aurait converti tout le pays à la foi chrétienne catholique s'il n'en avait été empêché par les Nestoriens, faux chrétiens et réels mécréants;... ils ont beaucoup de peine à les amener à l'obéissance à notre mère, la sainte Eglise de Rome; sans cette obéissance, leur dit-il, vous ne pouvez être sauvés. Pour cette raison, ces schismatiques nestoriens l'avaient en grande haine.» Il y avait, dit-on, plus de 30.000 Nestoriens dans le Cathay; ils étaient riches et possédaient de belles églises, pieusement ornées de croix et d'images en l'honneur de Dieu et des saints. «Il est probable que s'ils avaient voulu s'entendre avec les Frères mineurs et avec d'autres chrétiens, habitant ce pays, ils auraient converti à la vraie foi toute la population, y compris l'empereur.» Jean de Monte-Corvino, décrivant sa méthode de travail, se plaint de ce que ses frères ne lui écrivent pas et est très inquiet au sujet des nouvelles qui lui parviennent d'Europe. Il parle d'un docteur itinérant, «qui a prononcé dans ce pays d'incroyables blasphèmes contre la cour de Rome et contre notre ordre, ainsi que sur l'état de choses en Occident et, à cet égard, j'aimerais grandement connaître la vérité ... » Il demande instamment l'envoi d'aides capables et dit qu'il a déjà traduit le N. Testament et les Psaumes dans la langue du, pays. Il ajoute. «Je les ai fait copier dans la plus belle calligraphie possible. Ainsi en écrivant, en lisant et en prêchant, je rends un témoignage public à la loi de Christ.»
Quand Robert Morrison étudiait le chinois à Londres, avant de partir au service de la «London Missionary Society» pour accomplir son grand travail de traduction de la Bible en Chinois, on lui montra un manuscrit chinois qu'il étudia. Ce document, trouvé au Musée britannique, contenait -une harmonie des Evangiles, le livre des Actes et les Epîtres de Paul, ainsi qu'un dictionnaire latin-chinois, attribués à un missionnaire catholique romain inconnu du seizième siècle. Dans les annales chinoises, après une description de la fin de la dynastie mongole et du début de la dynastie Ming (1368), on lit ce commentaire: « ... Un natif du grand océan occidental vint dans la capitale. Il dit que le Seigneur des cieux, Ye-sou, était né en ju-té-a, identique à l'ancien pays de Ta-Ts'in (Rome); que les livres historiques démontrent que ce pays existe depuis la création du inonde, soit depuis 6.000 ans, et qu'il est, à n'en pas douter, la terre sacrée de l'histoire et l'origine de toutes les choses dans le monde. Il dit encore que ce pays doit être considéré comme celui où le Seigneur des cieux créa la race humaine. Ces déclarations semblent quelque peu exagérées et on ne saurait s'y fier...»
A l'exception d'une nombreuse et intéressante communauté de chrétiens syriens, sur la côte de Malabar, au sud de l'Inde, et de quelques croyants disséminés autour d'Ouroumiah, leur foyer primitif, ces églises persanes et syriennes ont disparu de l'Asie où elles occupaient autrefois une si grande place.
.
6. Résumé
Jusqu'à la fin du troisième siècle, elles conservèrent, en une large mesure, la simplicité scripturaire dans leur organisation... Séparés, jusqu'à un certain point, des discussions théologiques de l'Occident, les messagers apostoliques envoyés par ces églises concentrèrent leur énergie sur des voyages incessants et réussirent à annoncer l'Evangile et à fonder des églises dans les parties les plus reculées de l'Asie. Au quatrième siècle, quand les églises du monde romain cessèrent d'être persécutées, celles de la Perse et de l'Orient entrèrent dans une période d'ardente souffrance, telle qu'elles n'en avaient encore jamais connue. Mais elles endurèrent et triomphèrent par leur foi et par leur patience. Elles furent moins affaiblies par les pertes résultant de la persécution que par le plan de fédération de Papa ben Aggai qui, lors du Synode de Séleucie, ouvrit la voie à l'introduction du système ecclésiastique romain, au début du cinquième siècle. Toutefois, le système fut nécessairement modifié du fait que, en Perse et ailleurs en Asie, les chefs politiques restèrent païens; et ceux qui, au temps de Constantin, avaient vu dans l'union de l'Eglise à l'Etat une des principales causes de la corruption des Eglises occidentales, purent espérer mieux pour l'Orient, où cette union ne pouvait avoir lieu.
Cependant, l'organisation romaine prit le dessus - avec ses paroisses, son clergé, ses évêques et ses métropolitains - et, abandonnant le simple ordre scripturaire des églises et de leurs anciens, les croyants syriens éparpillèrent leurs forces dans les disputes, les intrigues et les divisions qui surgirent continuellement au milieu d'eux à cause de l'ambition de certains hommes qui briguaient la position influente d'évêque ou de catholikos. Les réveils mêmes, qui eurent lieu de temps en temps, ne purent arrêter la marche descendante des églises. Ces réveils étaient surtout l'oeuvre d'hommes autoritaires cherchant à fortifier la domination épiscopale, et non des mouvements de l'Esprit ramenant les âmes, par la Parole vers l'obéissance aux commandements du Seigneur.
En séparant l'église orientale de l'église occidentale, la division nestorienne aurait pu être un moyen de vivifier le témoignage, si elle avait placé devant les âmes le modèle des Ecritures. Or, tout en stimulant pour un temps le zèle missionnaire, elle ne secoua ni la domination du clergé, ni la foi en l'efficacité des sacrements pour le salut de l'âme. Le bien, dont auraient pu bénéficier les églises séparées de l'Etat, fut fortement diminué du fait qu'elles eurent des catholikos ou patriarches qui pouvaient réclamer l'appui du bras séculier pour faire accepter leurs décrets, se faisant ainsi souvent les instruments d'oppression de l'Etat. Ces églises apprirent à considérer fatalement comme leur centre, non plus le Christ, mais Séleucie ou Bagdad. Elles y envoyèrent leurs rapports plutôt que de consulter directement «Celui qui marche au milieu des sept chandeliers d'or». Elles reçurent de là leurs évêques pour les diriger au lieu de compter sur le St-Esprit pour la distribution des dons spirituels nécessaires à l'édification des saints et à la propagation de l'Evangile. Par le même canal, les Images furent Introduites, contribuant à affaiblir le témoignage de l'Evangile parmi les païens, adorateurs d'idoles, et à détruire sa puissance de résistance en face de la marée envahissante de l'Islam qui submergea définitivement de vastes territoires, où l'on avait grandement espéré voir régner la connaissance de Christ.
Notes: 32 The Syrian Churches, J. W. Etheridge. 33 «Le christianisme dans l'empire Perse sous la dynastie Sassanide» (224-632), J. Labourt. 34 Early Christianity Outside the Roman Empire», F. C. Burkitt, M. A. 35 «Das Buch des Synhados», Oskar Braun. 36 «Nestorius and his Teachings», J. Bethune-Baker. 37 «The Bazaar of Heraclides of Damascus», J. Bethune-Baker. 38 «Cathay and the Way Thither», Col. Sir Henry Yule, Hakluyt Society. 39 «Nestorian Missionary Enterprise» by the Rev. John Stewart, M. A., Ph. D. (T. & T. Clark, Edinburgh, 1928). Oeuvre de valeur en elle-même et aussi par les références données de sources autorisées, entre autres Chwolson, traducteur des inscriptions citées. 40 «Cathay and the Way Thither», Col. Sir Henry Yule, Hakluyt Society.













del.icio.us it!
Blogmark it!
Scoop it!
Fuzz it!
Tape Moi!
AllActuer Ca!
Nuouz Ca!
Memes Ca! 
































