
NDLR : Heureusement, les choses ont bien changé depuis, et la République Française ne fait plus la chasse à ses protestants... ;))
En partenariat avec le Centre historique des archives nationales, Historia propose chaque mois un document jamais publié dans la presse grand public commenté par son conservateur.
Par Sandrine Lacombe, section des archives privées
Je travaille a deterrer les ministres ... Je travailleray demain a la razation des temples ... Il n'y a que les femmes dont l'obstination de quelques-unes est insurmontable, les plus jeunes, les plus coquettes et les plus vieilles sont les plus opiniâtres... » De quelle action punitive s'agit-il ici ? Nous sommes en octobre 1685 au coeur des actuels départements de l'Ardèche, de la Drôme, du Vaucluse et des Hautes-Alpes. René de Froulay, comte de Tessé (1648-1725) rend compte de sa mission à Louvois, alors ministre et secrétaire d'Etat à la Guerre. Tessé, lieutenant-général, commandant en chef des troupes en Artois, avait été nommé en septembre 1685 par Louis XIV au commandement du Dauphiné, d'abord sous les ordres du marquis de La Trousse, puis comme chef en 1686. Au-delà de l'aspect purement militaire, son « mandat » était d'anéantir en ces lieux tous les sujets de la RPR (religion prétendue réformée).
L'édit de Nantes, signé le 13 avril 1598 par Henri IV, devait, à l'instar des précédents depuis 1562, établir la paix religieuse en assurant un cadre à l'existence des protestants. Depuis sa promulgation, il avait été sérieusement mis à mal avant que, le 18 octobre 1685, par l'édit de Fontainebleau, Louis XIV ne signe sa révocation. Le peuple protestant, dont le seul délit était de penser et de croire autrement, allait subir la persécution. En effet, le culte fut interdit, les temples détruits, les ministres (c'est-à -dire les pasteurs) exilés sans leurs enfants de plus de sept ans. Quant aux fidèles, ils étaient dans l'obligation de baptiser les nouveau-nés dans la religion catholique, d'abjurer leur foi protestante et ne pouvaient fuir le royaume sous peine de galères.
Pour Tessé, tous les procédés se justifiaient, tout protestant étant un danger potentiel. Ainsi, écrit-il, le 15 août 1686, que les déserteurs de Fressinières ont été arrêtés et mis entre les mains du Parlement, que s'ils étaient tombés entre les siennes, il aurait abrégé les formalités. On peut lire aussi que le roi lui-même devait parfois freiner le zèle de Tessé. Ce dernier n'hésitait pas à traquer les pasteurs, à faire surveiller les fidèles y compris à l'entrée des églises pour vérifier leur pratique conformément à leur abjuration, à inciter à la délation, à la corruption auprès des plus pauvres par des conversions récompensées financièrement, à faire détruire temples, livres et tout ce qui concernait le protestantisme ; sans oublier le procédé d'intimidation pratiqué par les dragons, ces soldats du Roi envoyés loger chez les protestants et qui abusaient de leurs hôtes, pillaient, violaient et tuaient.
Du côté des victimes, plusieurs milliers ont réussi à fuir le pays et à se réfugier en Suisse, Allemagne, Angleterre et Pays-Bas notamment. D'autres sont devenus catholiques par obligation, ne supportant plus les mauvais traitements. Enfin, il y eut ceux qui s'organisaient dans la clandestinité, au péril de leur vie, pour pratiquer leur culte au Désert. C'étaient les débuts de la résistance protestante suivie par la révolte des camisards cévenols (1702) et par l'exemple de Marie Durand, jeune femme ardéchoise enfermée pendant 38 ans (de 1730 à 1768) dans la tour de Constance à Aigues-Mortes pour avoir refusé d'abjurer et à qui l'on devrait cette inscription gravée dans la pierre de la tour : « Register » (résister en occitan).
Ainsi, malgré la fureur mise en cette besogne, ni Tessé, ni Louis XIV, ni leurs successeurs ne réussirent à éteindre la foi protestante. La révocation de l'édit de Nantes fut un véritable échec et eut pour conséquence la perte, pour le royaume, de sujets de grande valeur partis au Refuge.
© Historia Mensuel - 01/12/2006 - N° 720 - Rubrique L'inédit du mois - P 3 - 586 mots - Dossier : Sandrine Lacombe, section des archives privées













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