Lorsque neuf têtes de bétail ont disparu au printemps dernier de son ranch dans les montagnes sauvages de l'Idaho (nord-ouest des Etats-Unis), Lonell Wilson a saisi son fusil et est parti à la recherche des coupables.

Il a découvert deux loups gris en train de prendre le soleil dans une clairière et les a tués. "J'ai réglé le problème", explique-t-il. Comme lui, une dizaine d'éleveurs excédés ont ouvert le feu depuis le début de l'année sur ces animaux protégés. Comme lui, des milliers de personnes ne veulent pas entendre parler de loups dans l'Idaho.

"Ils n'ont pas leur place dans cet Etat et je ne connais personne dans ce pays qui dise le contraire", affirme M. Wilson.

Comme dans les Alpes françaises, une controverse entoure la présence des loups dans le nord des Rocheuses, depuis que le gouvernement a relâché 66 individus dans l'Idaho et le Parc national du Yellowstone voisin, espérant que l'espèce, au bord de l'extinction au début du XXe siècle, allait croître et se multiplier.

Cela a été le cas. Aujourd'hui, quelque 1.200 loups déambulent en Idaho, au Montana et au Wyoming, pour le plus grand bonheur des touristes visitant le parc du Yellowstone, qui s'étale sur 8.900 km2, dans l'espoir d'apercevoir ces créatures.

Mais les agriculteurs, très influents dans la région, restent opposés à leur présence et les autorités devraient autoriser la chasse saisonnière aux loups, qui selon eux font décliner les populations d'élans ou de cerfs.

Certains écologistes font valoir que retirer le statut d'espèce protégée aux loups risque de transformer cette chasse en curée, mais leurs contradicteurs, comme Tim Sundles, affirment que les meutes deviennent incontrôlables et dangereuses.

Installé à Salmon, village du nord de l'Idaho, M. Sundles est connu pour avoir monté un site internet expliquant comment se débarrasser des loups en les empoisonnant, activisme qui lui a valu une convocation en décembre devant un tribunal fédéral.

Depuis début 2006, l'Etat fédéral a laissé à l'Idaho et au Montana davantage de latitude pour gérer leurs populations de loups et les autorités locales ont déjà tué 71 individus depuis.

"Le débat ici n'est pas sur la sauvegarde des loups, mais sur le contrôle des loups", déplore Suzanne Stone, militante d'une association écologiste.

Pour compliquer encore le problème, les sentiments antiloup ont tendance à se mêler à la méfiance traditionnelle dans cet Etat conservateur envers les autorités fédérales.

"Il est intéressant voir à quel point les loups polarisent le débat", remarque Brad Compton, du département de la pêche et de la chasse d'Idaho. "Aucun animal sauvage ne provoque de telles réactions extrêmes, des deux côtés", affirme-t-il.

M. Compton estime que le conflit sur le loup risque de subsister jusqu'à ce que l'Etat soit autorisé à décréter une saison de chasse pour le loup, comme c'est déjà le cas pour les ours et les autres prédateurs.

"Les sentiments des gens envers les loups sont plus de nature symbolique que rationnelle", juge Ed Bangs, coordinateur pour l'agence fédérale de la pêche et de la chasse au Montana.

"Les gens qui ont peur des loups les décrivent tels qu'un rejeton de Satan: ils sont voraces, dangereux et cruels", affirme-t-il. "Les personnes qui les voient comme un moyen de conserver l'équilibre naturel pensent qu'ils sont formidables et ne font aucun mal. La vérité, c'est qu'il s'agit d'animaux comme les autres", conclut M. Bangs.